Bon après 3 mois d’écolieu, il est temps pour moi de tourner la page.

Je ne venais pas ici avec le rêve du long terme, juste le souhait d’un atterrissage moelleux. Je rêvais de collectif et de nature comme j’avais pu déjà le vivre il y a 10 ans à l’Aérium dans les Cévennes. Le troisième point gagnant de l’équation était de pouvoir venir avec mon piano à queue. Ce ne fut pas le cas mais j’ai eu de la nature du collectif et un terrain d’atterrissage pour mon changement de vie.

J’ai pris soin dès le départ de bien clarifier la gouvernance et le système d’implication nécessaire afin de bien jauger mon énergie et de ne pas me faire sucer par le grand Vortex.

J’ai donc opté pour les balais et les poussins qui étaient une voie d’expansion assez individuelle au milieu d’un tas de nœuds collectif, assez classiques dans ce genre de lieu.

Je m’étais protégé de trop m’investir et de subir la pression subtile du groupe au faire en me disant que je ferai ce dont j’avais envie quand j’en aurai envie tout en honorant mes engagements collectifs au mieux.

M’amuser avec ces histoires de magasines, c’était ma manière de trouver de la joie et du plaisir là où ça n’avance pas. Rire avec l’existant, me marrer autant que possible de la lourdeur et de l’ampleur de la tâche. Me concentrer sur des choses qui ne dépendent que de moi, qui sont concrètes, qui font du bien et sont visibles. Passez le balai dans un lieu crade et vous aurez rapidement la satisfaction du résultat..

Ne pas en faire trop : Être Présent, je ne peux pas faire plus !

Mon expertise et ma participation tourneraient surtout autour de la facilitation de réunions de par mon expérience et mon habitude dans ces contrées là. Par la suite, ayant mal au genou je venais au chantier collectif offrir ma présence avec ma guitare. Bel exercice de non-faire et de comprendre toute la valeur de l’Être. Être là. Être présent. Regarder, soutenir, encourager ou ne rien dire, juste offrir ma présence, être avec. Jouer de la musique éventuellement, maaettre de l’ambiance. Être même sans faire c’est déjà énorme. Dans des milieux très basés sur le faire où la culpabilité joue à fond dès que l’on fait moins ou que l’on ne peut pas faire, être là sans rien faire, sans culpabilité est une thérapie offerte à tous. Même la guitare c’était encore un compensatoire pour offrir quelque chose alors que juste être présent, c’est déjà offrir mon énergie au monde et laisser rayonner mon énergie.

Si jamais vous voyez pas ce que je veux dire, essayer, de voir la différence entre Être là et ne pas être là. Allez quelque part, même sans apporter quelque chose, même sans cadeau, même sans nourriture, même sans faire, même sans contribuer. Juste être là et apporter votre présence, votre énergie, que votre système énergétique, votre âme, votre esprit se déplace jusqu’à ce lieu et interagisse sans rien faire avec le monde autour de lui. Imaginez une bougie que vous allumez et que vous amenez quelque part. Juste ça déjà, ça change tout. Imaginez que vous êtes la bougie, même sans rien faire. Vous voyez? 🙂

J’ai rencontré des gens supers et j’ai encore adoré vivre en village, me levant sans programme et me couchant après des journées bien remplies d’instants présents.

Ma fille Leïna a navigué avec grâce dans ce grand moment présent à la rencontre des uns et des autres, centrée autour du « je vais voir s’il y a des œufs », le sourire débordant d’une enfant en lien avec les éléments.

Les vices cachés : l’énergie infinie nécessaire pour construire un monde meilleur…
Le premier, je le connais tellement maintenant que je l’avais vu dès le début, c’est ce grand vortex qui demande une énergie colossale. Le lieu prône l’autonomie et l’auto-construction, il est rempli de tas de matériaux pour des maisons futures qui un jour prendront vie, peut-être. La charge de travail est colossale et le paysage est marqué par ces verrues du futur qui empêchent la tranquillité et rappellent l’inachevé à chaque instant. Disons que si c’était un examen de feng shui, le contrôleur pourrait faire un AVC en arrivant sur le lieu. Il est donc nécessaire de s’installer là-dedans avec une acceptation profonde que ça ne bougera pas aujourd’hui ni demain, mais toutes ces planches, ces tôles, ces troncs, ces tas appellent à du mouvement pour trouver leur place et leur destination finale. Moi qui parle avec les végétaux et murmure à l’oreille des arbres, ils n’ont cessé de m’appeler pour aller trouver leur destination finale et j’ai dû leur apprendre la patience qu’ils ont fini par accepter.
Donc même s’il n’y a pas d’obligation de temps minimum, le lieu, par ses nombreux projets, chantiers et sa taille est capable d’engloutir toutes nos journées pour les 20 prochaines années sans se soucier de nos dos, de nos genoux et autres articulations sensibles.

La gouvernance partagéea bien sûr
Le deuxième vice, je le connais par cœur, c’est la gouvernance. Une gouvernance toute mignonne où tout le monde est égal avec une voix dans la coopérative et où l’on décide tous ensemble à 0 objections de toutes les décisions. Mais bien sûr. Dans un lieu créé par un bonhomme qui est là depuis 15 ans, qui a tout construit et dont la moitié des terrains lui appartiennent encore. Cet homme là se met au même niveau que nous et j’ai autant de pouvoir décisionnel que lui? C’est trop beau pour être vrai et je ne peux y croire. Je sais dès le début que ça ne sera pas vrai et qu’il y aura une double gouvernance. Je cherche donc les lignes de force, les points de conflits, de comment on fait quand on n’est pas d’accord, à terme, ce sera quoi la vraie gouvernance légale si jamais on se frite jusqu’au bout.
Parce qu’il est évident que quand on met des humains comme ça dans une cocotte minute et qu’on met à feu doux, au bout d’un moment, les intérêts et les besoins divergent et mènent au nécessaire conflit pour réguler les espaces, envies et énergies de chacun.

Donc derrière l’apparence, la violence se cache dans le mensonge, le mensonge qu’en fait ce n’est pas vrai. Même si on veut jouer à l’égalité, à “on est tous mignons et gentils” et “il n’y a pas de chef”, ce n’est pas vrai. Donc il y a décalage entre le réel et le jeu en apparence, donc cela créée chez moi une sorte de méfiance car je me dis, tiens où sont les vraies lignes de force et quand ça va se tendre, j’aurai le droit d’utiliser quoi pour défendre mes intérêts sans créer moi aussi de la violence?

Horizontalité vs Leadership ?
Cette répétition m’amène vraiment à en avoir marre de tous ces collectifs alternatifs où tout le monde veut de l’horizontalité et personne ne veut être chef. Enfin si, on veut décider, co-créer, mais pas être chef. Surtout pas, pas de hiérarchie, pas de verticalité, nous pas comme le système, nous gentils, nous rebels, nous pas vouloir le pouvoir.

Je crois qu’il y a une belle fuite à cet endroit là et qu’on peut être chef sans être con. Qu’on peut mener et emmener les autres sans donner des ordres. Qu’on peut guider et diriger sans penser que les autres sont des tas de merdes.

Je m’amuse donc régulièrement dans tous ces milieux où je vais à appeler les personnes en charge “chef” et titille allègrement chaque personne qui va me répondre, englué dedans “non mais je suis pas le chef ici”. Nous fuyons et vomissons tellement cette culture du chef débile que nous en avons oublié notre pouvoir, notre capacité de leadership, à connaître, à savoir, à guider, à mener..

J’en ai marre, aussi parce que je l’ai expérimenté et joué, ce truc de « venez on va faire tous ensemble et tout le monde va décider », et puis 10 min plus tard quand quelqu’un qui débarque me dit, « oui il faut que le projet aille à gauche là et qu’il devienne tout bleu », je vois bien mon sang ne faire qu’un tour et la réponse est claire : bien sûr que non, le dernier arrivé dans le projet que je porte ne va pas le diriger et lui donner sa couleur sans avoir compris l’intention, l’adn, la vision… Donc je me mets aussi dedans avec ces endroits où je me suis caché, pour être aimé, pour être accepté, pour faire avec, de dire, venez c’est votre projet alors qu’en fait je souhaite garder la main et la gestion du cap..

Et c’est beau d’avoir des leaders, des personnes responsables, et ça veut pas dire qu’ils sont des chefs débiles, mais un chef d’orchestre dirige par exemple et quand j’arrive dans des espaces que je ne connais pas, des pratiques que je découvre, avec des tâches ou missions que je ne connais pas, pour bien participer, j’ai besoin de suivre, j’ai besoin d’être guidé. Si personne ne veut me guider, je sers à rien, ou alors je vais faire de la merde. Ou alors il faut que le mode d’emploi et les conditions de l’auto-organisation soient là pour que je puisse me saisir de la tâche et voir et sentir où et comment je vais pouvoir aider. Mais globalement quelqu’un qui sait, qui sait qu’il sait et qui accpete de me guider nous fait gagner du temps et de l’efficacité. Et que c’est bon d’être accueilli, guidé et mené… !

Donc chef ne veut pas dire pour moi celui qui décide de tout, mais celui qui guide, qui emmène, qui ouvre la voie, le chemin, qui passe devant, celui qui connaît le chemin… ou qui est ok pour prendre le risque de l’ouvrir et de se planter.

Pour un lieu ou un projet, c’est le concept de personne Source, celui ou celle qui l’a reçu, intuité et posé la première pierre, c’est lui ou elle qui est connecté au projet, à sa vision et qui va pouvoir guider les prochains pas, donner de la vision et des libertés pour que chacun puisse grandir et s’émanciper DANS cette vision.

Dans un cas un chef qui décide tout c’est sûr que c’est chiant et on en a un peu marre, mais ça a le mérite de la clarté.
Une horizontalité où l’on décide tout ensemble, si on le fait vraiment c’est top.
Le truc relou c’est que ce qui est ne correspond pas avec ce qui est dit, c’est ce décalage qui pique, qui frotte et qui trompe.
A la manière des politiciens qui nous vendent des grosses ficelles toutes la journée, on sent bien que la parole n’a plus de poids et que nous devons décrypter derrière les mots pour réaligner nos ressentis avec la réalité, quels que soient les mots.. C’est fatiguant.


Quitter le toxique quand je ne peux pas le changer
Ces 3 mois m’ont amené à me positionner pour quitter un système que je juge toxique où nous étions bloqués par une personne source qui veut partager mais ne partage pas, qui veut déléguer mais ne délègue pas. Pas de permission, pas d’autorisations, pas d’encouragements à faire, et du coup partout des murs, partout des limites, ne sachant pas si c’est possible, bienvenue, autorisé, encouragé, l’impression d’être une bande d’aveugles dans un labyrinthe mignon, parce que bien sûr tout nous est donné, le pouvoir de décision, l’accès à beaucoup de chose et tout ça à moindre coût, mais avec une incapacité à s’auto-organiser pour construire le projet de nos rêves. L’autre option c’était de faire, de bouger les choses jusqu’à tomber sur ses limites implicites. je l’ai fait un peu, levant des lièvres qui étaient évident que je soulèverai. J’ai voulu respecter ses limites et son architecture et j’attendais donc ses feux verts. Ils ne sont jamais venus car les feux étaient rouges en réalité. D’où la double violence : ne pas poser sa limite et faire croire que c’est vert.

Sensation très désagréable de tourner en rond dans un manège sans fin.
C’est donc un beau soulagement que d’avoir décidé d’en sortir, malgré le côté chouette du lieu, et la belle rencontre de mes éco-colocs.

C’est ça la force de toutes les situations désagréables, elles m’aident à dire non, à poser des limites et à choisir ce qui est bon pour moi. L’impression d’être resté coincé dans des chaussures trop petites, qui serrent serrent et font mal.

Merci pour ça, et pour tout le reste !


La vie, la mort, les cycles
Il y a eu des décès de poules pendant ces 3 mois, renard, maladies & co… une vraie crise, reflétant l’état fragile de notre collectif. Comment prendre soin de nous si on n’arrive pas à prendre soin des poules?
il y en a bien 5 qui sont décédées… c’était triste.

Et puis en parallèle, discrètement, il y a eu ces deux fournées de poussins. 11 qui devinrent 10 puis 7 découverts le matin de Pâques par Leïna. Donc 17 poussinou.e.s, mâles et femelles qui vont venir booster la meute.

Bref la vie. Pendant que les unes meurent, la vie qui veut vivre pousse et apporte son lot de poussins devenu.es presque poules pour renouveler le nombre de poules du départ.

Et tout ça était sous mes yeux, pendant que je rigolais de prendre ces poussins en photos, de les voir chier sur la terrasse un peu tous les jours, ils étaient là, graines du futur, productrices d’œufs en devenir, mon PEL en mouvement, j’étais devenu assistante maternelle sans le savoir. Mère poupoule comme on dit, pour un papa qui voit peu sa fille, je me suis trouvé des prothèses mimis. Vu que c’est Leïna qui les a en partie découverts, peut-être que je suis grand-père poule? ou grand-père moule?

Encore une leçon de poussins.

Chapitre suivant, en avant !
Musique, rencontres et bientôt l’été.

Mon agenda se serre, festival, vacances et week-end… ça se remplit fort et je suis en train de refaire mon site avec une IA, le pied.
Je suis en train de rassembler mes écrits, vidéos, composition musicales, poèmes, mes propositions pour l’accompagnement à la sexualité, à la sensibilité et je suis assez ravi de ce qui est en train de sortir et ce qui se mijote dans mes courtes nuits…

Allez des bisous