In memoriam Bernard Lietaer

Bernard Lietaer est décédé ce 4 février 2019 à l’âge de 77 ans.
Je l’ai rencontré au Taovillage, au-dessus du bureau des colibris près de Ledru-Rolin. C’était en 2009-2010. Il était là, avec Frédéric Bosqué, rassemblés par le créatif Patrice Levallois.

Il était une sorte de cachalot monétaire, ou une baleine de connaissance. Une sorte de bibliothèque qui aurait traversé les âges, les pays, les époques, pour nous livrer un message, secret, universel, simple et pourtant tellement inaudible :

 

« Nous avons besoin de penser en dehors de la boîte.
Sortir du monopole monétaire.
Notre économie crève d’avoir un seul type de monnaie, la monnaie à taux d’intérêt positif.
Nous avons besoin d’une diversité monétaire

5000 ans d’histoire monétaire m’ont appris qu’un nouveau système monétaire naît quand le précédent s’est effondré« 
B.Lietaer

Il avait ces phrases, toutes faites, toutes pensées, qu’il avait dû mettre des années à comprendre, à synthétiser, à formuler pour pouvoir maintenant les livrer à profusion.

Il avait ce ton professoral, quand il expliquait les choses, pour être sûr qu’il emmenait bien tout le monde avec lui.

« Il y a eu des tonnes de bouquins pour écrire les différences entre le capitalisme et le communisme, mais pas un seul n’ont écrit sur ce qu’ils avaient en commun : ce sont tous les deux des systèmes de monoculture monétaire. Quoi qu’ils aient revendiqué, ils étaient identique à ce niveau là. »

Il passait son temps à répéter qu’on parlait des 3 fonctions de la monnaie, que tous les livres d’économie nous disait être unité de mesure, réserve de valeur, moyen d’échange, mais qu’on oubliait toujours de dire ce que la monnaie est: prenez vos stylos, attention définition :
la monnaie est un accord social, d’utiliser un médium comme moyen d’échange dans une communauté de confiance.

Ce faisant, il replaçait toujours la monnaie comme un accord social, écrit donc par des humains : nous.

Lietaer avait cette force, cette capacité de nous faire sortir de l’eau, nous petits poissons qui y avions passé notre vie sans nous rendre compte que la monnaie, telle l’eau pour les poissons, avait forgé notre conception du monde. Elle nous entourait, nous remplissait tant et si bien que nous n’étions plus capables de réaliser que nous en étions entourés et envahis.
ce n’est pas un hasard si Bernard se voyait comme un poisson volant, capable de s’extraire de cette architecture, pour en voir les contours, les vices, les défauts, les abus.

Lui qui avait passé sa vie à 5 rôles différents autour de la monnaie, il avait rassemblé cette expérience inouïe et inédite qui lui a permis de faire cette synthèse et ce travail de lanceur d’alerte. Il avait travaillé en 1971 au Pérou sur un système de change flottant avant que Nixon coupe le taux de change fixe avec l’or et avait donc 5 ans d’avance sur tout le monde. Il a été banquier central pour l’écu, trader pour un fond vert dans les années 90… La monnaie, la finance, il l’avait vu par un paquet d’angles.

Mes collaborations avec Bernard Lietaer

J’ai eu la chance de travailler avec lui, auprès de lui.

Notamment cette mission de relation presse pour Emmapom en 2011 où je l’ai accompagné toute une journée pour la sortie de son livre Au coeur de la monnaie aux éditions Yves Michel. Nous avions enchaîné RFI (partie 2 ), France Info & France culture avec Ruth Stegassy, pour finir avec l’équipe de Génération Tao. Il y avait eu Usbek & Rica qui avait fait un super dossier aussi, on était bien longtemps avant que Bitcoin ne fasse irruption dans le paysage médiatique.
Je l’avais accompagné toute la journée, écouté chaque mot, répéter la même histoire, ouvrir les consciences, repousser les murs, les barrières mentales pour expliquer, du haut de son histoire, de son expérience, de ses 30 ans de vie à travailler dans, et autour de la monnaie, que non, il n’y avait pas que les monnaies à taux d’intérêts positif et que non, il n’y avait pas que les Etats pour créer et gérer des monnaies. Lui comme d’autres, m’avait donné son feu vert pour porter son message, ce message, notre message, de prise de conscience du défaut systémique et structurel de notre système monétaire.

Bernard Lietaer était mon mentor, un mentor, un soutien pour mon Ted Wish après mon Tedx en 2012.
Je l’avais nommé et cité parmi mes maîtres sur la question monétaire avant de me lancer dans l’aventure Symba.

J’avais eu la chance d’être auditionné avec lui au CESE, c’était en janvier 2015, lors de leur saisine sur les monnaies complémentaires et monnaies libres (bitcoin & co), laquelle saisine qui fut un fiasco complet tellement les auditeurs n’avaient rien compris. C’était une de ces chances inouïes, de pouvoir passer après lui pour déposer délicatement mes arguments. Pour une fois, je n’avais pas à convaincre, à envoyer les grands arguments, il était passé avant moi.

C’était impressionnant de le voir ouvrir l’espace et de voir cette bande de sextagénaires, les seules femmes dans la pièce étaient les sténos, ne rien comprendre à ce que venait leur raconter cet homme. Il les prévenait des 4 moyens différents dont le système monétaire et financier allait re-péter à l’horizon 2020 en France :
– la dette publique et ses intérêts
– l’euro
– les 60 000 milliards de produits dérivés issus de la crise du subprime dont on ne connait toujours pas la qualité qui flottent dans le casino spéculatif
– le rôle de monnaie de réserve du dollar

Il leur laissait le choix de l’effondrement, mais aucun d’eux ne pouvaient entendre ce discours alarmant, et visionnaire, car cela ne rentrait pas dans leur paradigme, et ce ne fut que le CV de Bernard qui lui permit d’être là, à discuter d’égal à égal avec eux quand moi, j’aurai été sorti rapidement comme un dangereux altermondialiste.
C’est donc après avoir posé un exposé clair et un diagnostic digne du titanic que Lietaer déroulait les options pneumatiques des canots de sauvetage que représentaient les monnaies complémentaires à l’époque…

Le carré du pouvoir, Niall Ferguson

Enfin, et je ne l’avais jamais entendu nulle part ailleurs, Bernard leur a parlé dans cette audition du carré du pouvoir de Niall Ferguson : the Cash Nexus. Voilà ce qu’il a dit, je recopie ici largement son intervention. Ce sont ses mots, à l’oral, avec sa diapo, c’était en plein pendant la crise grecque, le bras de fer européen, on est le 28 janvier 2015, jour de l’élection de Syriza au pouvoir en Grèce, avant le climax de juillet 2015 et du référendum pour le non : OXI… Voilà ce que Bernard dit à l’époque :

« Le Carré du Pouvoir fait partie de l’oeuvre de Niall Ferguson, un historien écossais, professeur a Harvard et Oxford ( Niall Ferguson, The Cash Nexus: Money and Power in the Modern World, 1700-2000 (New York: Perseus Books, 2001), p. 25 ). Il a démontré qu’il y a à un peu plus de 300 ans, à la fin du 17ème siècle, à Londres, un petit groupe de génies financiers anglais a mis en route une machine à sous perpétuelle, une machine dont le but principal était d’institutionnaliser leurs intérêts. Ils ont créé quatre institutions qui s’emboitent de mani!re telle qu’ ensemble, cette machine ne puisse jamais être changée.

D’un côté de ce Carré du Pouvoir vous avez le gouvernement, et de l’autre le secteur financier. C’est le secteur financier qui a développé ce système avec comme but explicite le maintien d’un monopole monétaire en leur faveur.

Le carré du pouvoir de Niall Fergusson : les 4 institutions qui perpétuent et verrouillent le système de monopole monétaire actuel

le gouvernement

Qui contrôle ce monopole ? Comment le contrôle-t-on ? Du côté du gouvernement, vous avez d’abord le Parlement. La fonction financière du Parlement est de décider des budgets nationaux et comment les financer. A l’origine, les parlementaires étaient en effet tous des gens qui possédaient suffisamment de biens immobiliers pour être fiscalisés, pour payer des taxes. Ces gens faisaient donc partie d’un Parlement dont la fonction principale était de décider ce que le gouvernement pouvait taxer, de combien, et à quel usage. Au fur et à mesure que davantage de gens sont devenus taxables, on leur a donc donné aussi le droit de vote. La dernière vague dans ce processus a été les femmes. Quand elles sont devenues taxables a leur tour, le vote est devenu universel. En France, cela s’est passé en 1944.

La bureaucratie fiscale

La seconde institution du côté gouvernemental est la bureaucratie fiscale. Cette institution a été inventée en Angleterre au 18ieme siècle (en France, à l’époque, on utilisait encore le système de fermage). Le système anglais était  au moins deux fois plus efficace que le fermage parce que plus de la moitié des revenus collectés par les fermiers généraux étaient gardés pour eux-mêmes, tout simplement.

Du côté du secteur financier, il y a aussi deux institutions qui complète le « Carré »:

  • la dette publique, dont les règles de base ont invariablement été négociées entre les gouvernements et le secteur financier dans le contexte d’une guerre, et
  • la banque centrale, dont l’objectif est de garder le statu quo du paradigme monétaire, c’est-a-dire de garder inviolable le monopole monétaire.

Ce qui est intéressant dans cette approche, c’est que quand une de ces quatre institutions dévie du droit chemin, les trois autres auront tendance a la ramener à l’ordre. Il ne faut donc plus faire du lobbying permanent pour garantir vos intérêts, puisque vos intérêts ont été institutionnalisés.

Cette machine est encore toujours intacte aujourd’hui. Par exemple quand en Grèce la bureaucratie fiscale ne marchait plus correctement, les trois autres coins du Carré sont entrés en action pour remettre de l’ordre. Maintenant, depuis hier,et toujours dans cas Grec, vous allez voir une variation sur ce phénomène. Le Parlement grec est maintenant contrôlé par une majorité non-compatible avec le statu quo monétaire: vous allez voir les trois autres coins du Carré du Pouvoir entrer en action pour remettre l’ancienne mécanique en marche. Nous sommes donc tous prisonniers d’une énorme machine que personne ne doit contrôler, parce qu’elle fonctionne sur pilote automatique. « 

Fin de l’extrait de l’audition de Bernard Lietaer au CESE


[1] Niall Ferguson, The Cash Nexus: Money and Power in the Modern World, 1700-2000 (New York: Perseus Books, 2001), p. 25.



Rencontrer et côtoyer Bernard

J’avais eu l’occasion de le voir plusieurs fois en conférence, et de le lire, et de le retrouver dans le rapport sur les MLC demandé par Hamon & Duflot à l’époque où Jean Marc Ayrault ancien maire de Nantes voyait sa ville développer une monnaie de crédit inter-entreprises. Pauvre commission qui avait abouti sur une reconnaissance des monnaies complémentaires locales comme titre de paiement, qui ne reconnaissait pas du tout l’objectif, l’intention ou la raison d’être des monnaies. Coup de flip de la banque de france qui avait voulu légiférer pour réglementer par exemption d’agrément. Bref.

J’avais ré-expliqué en 2013 son travail, notamment tout le lien entre les archétypes intérieurs, féminin et masculin, et les monnaies complémentaires que nous utilisons. Bernard faisait le lien, régulièrement, inlassablement, entre la fin du patriarcat et la renaissance des monnaies complémentaires. Non pas comme une fin en soi, mais comme une diversité de systèmes monétaires, de systèmes de valeurs, qu’il n’y avait pas seulement cette monoculture privée de forces compétitives et conquérantes mais aussi ces systèmes de valeurs, locaux, petits, protégeant et qui avaient, entre autres, permis la construction des cathédrales…

Les livres de Bernard Lietaer

Il y avait d’abord son livre The future of money en 1998, prémonitoire, où il expliquait comme la monnaie et l’argent tel que nous le connaissions allait se casser la gueule.


En 2010 sort Monnaie régionale (329MonnaiesRegionales en pdf) où il écrivait avec Magrit Kennedy, que la taille idéale pour des monnaies pour résister aux crises qui venaient, c’était l’échelon régional, des bio-monnaies, adaptées aux régions, aux vallées, aux ensembles géographiques cohérents.
Ce livre était alors préfacé par Rocard :

« La crise financière qui s’est déchaînée sur le monde en 2008 est d’une échelle et d’une complexité sans précédent. La récession qui s’annonce promet d’être longue, dure, la plus difficile depuis les années 1930. À l’époque, nous avons assez mal géré la situation économique et ses retombées socio-politiques. Cela a entraîné une vague de fascisme couronnée par la Seconde Guerre mondiale. Il est impératif de faire mieux. »

Préface de Michel Rocard

A l’heure des Gilets Jaunes et du durcissement de Macron, toujours enlisés dans une crise économique sans précédent dont on ne voit pas le bout, ces mots de Rocard réveillent notre attention.

RIP Margrit Kennedy, collègue de Bernard Lietaer

Margrit Kennedy (décédée en 2013) avait fait un travail énorme avec Helmut Kreutz sur la part de l’intérêt monétaire dans chaque bien de consommation de notre quotidien. Le prix de l’intérêt sur le capital. C’est à dire, retrouver, dans le prix d’un appartement, d’une maison, du service local des déchets, dans le prix d’une bouteille d’eau, la part qui revient à la création monétaire par les banques privées. Faites comprendre ça à quiconque demain et vous avez une révolution.

38% pour une bouteille d’eau
15% pour les services ménagers
77% pour la location dans un logement public

Je retiendrai et recommanderai son petit livre Occupy Money :

Au coeur de la Monnaie, 2011

au coeur de la monnaie, bernard Lietaer

En 2011 donc, il y a eu Au Cœur de la Monnaie, aux éditions Yves Michel. Son titre anglais original était the mistery of money. C’est un livre archéologique qui plonge aussi bien dans l’histoire de l’humanité que dans les archétypes de notre inconscient collectif. Pour moi c’est l’œuvre la plus profonde qui fait le lien entre les monnaies complémentaires et le reste de ce qui est à l’œuvre dans nos sociétés : le ré-équilibrage des valeurs féminines & masculines.

Isis de l’Egypte ancienne, archétype féminin célébré et reconnu pour ses vertus

L’apéro presse se faisait en la présence de la princesse Constance de Polignac, dont la famille avait battu monnaie également jadis.

Je vous laisse redécouvrir ce livre grâce à l’article publié jadis par Maryvonne Piétri. Le mien est mort dans les entrailles du blog emmapom.


Rapport du club de Rome

En 2012 sort Money & Sustainability, un rapport du Club de Rome dont Bernard faisait partie. Une façon de prévenir les élites qu’on ne ferait rien sans changer la monnaie. Reotrouvez sa présentation youtube de juin 2012 :

Merci Bernard pour ton travail, ta transmission et ta connaissance.
Merci pour ta confiance et ta capacité à partager ta vision.

Longue vie à toi. Repose en paix.

Le DAO est la mère des mille et une choses

Pour comprendre le DAO, Ethereum, Bitcoin & la Blockchain

16 novembre 2016 – post initialement publié ici

Article originellement publié sur Medium le 25 mai 2016

Bienvenue dans la plus grosse levée de fonds de tous les temps : 161 millions de dollars et ça augmente encore. Entre le moment où j’ai décidé d’écrire cet article (34 millions) et le moment où je l’ai publié (167), 133 millions de dollars ont été investis sur The DAO.

Pourquoi, des milliers de personnes se ruent-elles pour acheter des DAO Tokens pour un système qui n’existe pas encore?

Voilà ce qu’on peut appeler une Crowdsale, CryptoCrowdEquity ou CryptoIPO, c’est à dire une introduction en bourse cryptée, ou alors la venue au monde de la première Organisation Autonome Décentralisée : LA DAO. Ce qui est en train de se passer sous nos yeux, est la possibilité d’acheter en ligne directement des jetons de cette DAO, soit des actions ou des parts. Comme une entreprise naissante, des milliers de personnes sont en train d’acheter des parts, des droits de vote de cette nouvelle forme d’organisation complètement décentralisée.

3ème enfant d’une vague d’innovation toute récente, the DAO arrive comme fils d’Ethereum et petit fils de Bitcoin.

A quoi va servir cette DAO? Comment ça marche? Qui est derrière? Pourquoi avoir créé cette DAO?

Pour comprendre toute ces questions, nous allons faire un léger saut en arrière et retour dans le temps afin que vous compreniez bien les tenants et aboutissants de cette somme astronomique et de cet événement inhabituel qui se déroule sous nos yeux ébahis

0. Peer to peer

Le pair à pair est le principe même du réseau : être connecté d’ordinateur à ordinateur, sans intermédiaire. C’est ce que nous avons découvert dans les années 2000 avec le Bittorrent, le partage de fichiers qui nous a permis d’échanger des quantités impressionnantes de données rapidement, à moindre coût et de façon facile et sécurisée. Bittorrent a notamment posé d’énormes problèmes au niveau légal puisque des millions de films et de mp3 se sont retrouvés sur ces plateformes de partage. Fonctionnant de manière décentralisée, cette technologie a été quasiment impossible à arrêter et c’est au travers de la loi et du projet Hadopi que la France a pu retarder et réduire son impact. Voici, après Internet, les prémices du Peer to peer et la transformation de nos sociétés, de la pyramide vers les réseaux.

1. L’effet de réseau ou le Network effet

Deuxième chose à découvrir c’est l’effet de réseau, le fait qu’un réseau prend toute sa force et sa puissance par le nombre d’utilisateur qu’il a.

Pour faire court : allez utiliser le téléphone alors que vous êtes le seul à en avoir un. Ou inscrivez vous sur une nouvelle plateforme de rencontre dès le premier jour. Vous vous retrouverez seul-e, le réseau n’ayant pas encore atteint sa masse critique. A l’inverse, essayez de quitter Facebook alors que vous y avez tous vos ami-e-s. Pas évident.

L’effet de réseau est donc une force non négligeable qui entraînera un grand nombre d’utilisateurs vers un réseau déjà en place et puissant.

2. Bitcoin : une monnaie et une technologie

Apparu en 2009, Bitcoin est une monnaie décentralisée, elle existe sans banque centrale. Elle permet de faire des transactions anonymes entre 2 points de la terre sans passer par les banques, les régulateurs ou une autorité de confiance. Elle permet de créer la confiance grâce au logiciel, par la façon dont il fonctionne. C’est à dire que deux personnes qui ne se connaissent pas vont pouvoir échanger directement ensemble sans autre intermédiaire que le logiciel Bitcoin et sa puissance de calcul.

Première révolution du P2P (pair à pair) en finance, Bitcoin permet notamment à Wikileaks de continuer à recevoir des dons lorsque Visa, Mastercard & Paypal (3 entreprises américaines) la boycottaient au moment des révélations de wikileaks sur les cables des USA en Irak.

Masse monétaire limitée dans le temps : incentive à l’entrée.

La proposition de Bitcoin écrite dans son code était de limiter sa masse monétaire à 21 millions de bitcoin. C’est à dire qu’au fur et à mesure de sa vie, des bitcoins seraient émis, créés, pour remercier les ordinateurs qui participent à coder, encrypter la chaîne de blocs (blockchain) qui permet d’écrire les transactions et de les sécuriser dans le livre de compte (ledger). Plus l’on arrive tôt dans l’histoire de bitcoin, plus l’on a de chance de recevoir des bitcoins en remerciement de cette mise à disposition de notre processeur. Au fur et à mesure du temps, le nombre de bitcoins sera de moins élevé.

La masse monétaire limitée des Bitcoins

Cette masse monétaire limitée permettait d’encourager à venir tôt en créant une masse monétaire rare. Puisqu’elle ne bougerait pas dans le temps, le nombre de bitcoins créé serait à tout jamais défini et plus l’on avancerait dans le temps, moins il y aurait de nouveaux bitcoins créés.

Longtemps critiquée pour ses aspects spéculatifs, ce paramètre a permis d’encourager les intéressés à venir ajouter leur puissance de calcul au réseau dès le début et donc de renforcer la puissance du réseau et lui donner le succès que nous connaissons maintenant.

3. Blockchain

Découverte au fur et à mesure de l’évolution de Bitcoin et longtemps après ses farouches critiques, nous avons découvert que bitcoin était à la fois une monnaie décentralisée, mais aussi, la première fille d’une famille nouvelle, utilisant cette fameuse technologie de chaîne des blocs impétables.

Ce qui avait été permis pour bitcoin, à savoir une monnaie, pourrait donc être appliqué à bien d’autres choses, applications, qui jusqu’ici nécessitaient un tiers de confiance.

Définition :

« a Blockchain enables a database to be directly and safely shared by entities who do not trust each other, without requiring a central administrator. Blockchains enable data disintermediation, and this can lead to significant savings in complexity and cost. »

Depuis Bitcoin, environ 700 « Coins » alternatifs, petits frères et sœurs de bitcoin sont nés et co-existent sur internet à travers différentes Blockchains avec différentes règles et propriétés.

4. Ethereum

Et si, plutôt que juste faire des échanges de monnaies sur cette chaîne de blocs, on pouvait aussi coder, et imaginer plein d’autres fonctions? voici la proposition de Vitalik Butterin en novembre 2013.

L’avantage : plus de flexibilité
L’inconvénient : moins de sécurité

Ce qui veut dire en gros, faire péter tous les métiers basés sur la confiance pour les remplacer par du logiciel, ou plus exactement, une blockchain ethereum. En gros, simplifier la société par tous ces métiers devenus inutiles qui peuvent être effectués par des ordinateurs et fournir un travail pour lequel nous n’avons pas besoin de nous connaître, d’avoir confiance etc… Un projet de société radical qui va faire sauter tout un paquet de professions, et attaquer un certain nombre d’organisations que nous connaissons en remplaçant des entreprises centralisées par des réseaux décentralisés. Il va y en avoir pour tout le monde, des notaires à Airbnb en passant par Dropbox & Facebook.

En 2014 : Financement d’Ethereum : 18 millions de $ lors du CrowdSale d’août 2014. Le premier bloc d’Ethereum apparait moins d’un an plus tard le 30 Juillet 2015.

5 millions d’ETH ont été distribué aux codeurs, développeurs qui ont investi leur temps et énergie pour rendre ce rêve réel avant la levée de fonds. La levée de fonds de 18 millions de $ génèrera 70 millions d’Ether, achetés principalement à base de Bitcoin pour que la fondation développe Ethereum Fondation.

La monnaie d’Ethereum est le gas, qui permet de faire tourner les ordinateurs. Une façon de remercier, financer les ordinateurs qui font tourner le réseau.

Et puis, la spécificité d’Ethereum : la naissance des Smart contracts — contrats intelligents :

A smart contract is a piece of code which is stored on an Blockchain, triggered by Blockchain transactions, and which reads and writes data in that Blockchain’s database.

Eh oui, même si on est passé au digital, les petits contrats de nos petits ordinateurs ont besoin de « gaz » pour fonctionner, c’est leur nourriture, c’est le prix que les développeurs donnent à chaque transaction effectuée. Et le gas ne peut se payer que en Ether.

5. The DAO

Nous y voilà donc, pour fonctionner sur Ethereum, chacun peut maintenant créer sa blockchain. Seulement, pour lever des fonds, il y a plusieurs solutions : soit chacun pour soi, soit on la joue collective, en profitant de l’effet de réseau et tout le monde y gagne. Il faut savoir que créer un réseau puissant requiert beaucoup d’énergie, en temps, en investissement, en communication. Demandez à Airbnb et über combien ils dépensent pour faire connaitre leur réseau et leur service. Si les nouvelles technologies ont facilité et accéléré le temps qu’il nous a fallu pour réunir 100 millions d’utilisateurs sur chaque nouveau média, la proposition de DAO est révolutionnaire en cela qu’elle propose de mutualiser les fonds et de se réunir dans une organisation commune : THE Dao.

Première du nom, le principe est simple :

  • On prend des parts.
  • Avec ces parts on “devient” la DAO nous-même.
  • En étant actionnaire, on peut faire des propositions, voter pour des projets ou recevoir des bénéfices.
  • Faire des propositions de projets : pour être financés.

Donc contrairement à du don contre don, ici on ne fait pas que donner des sous pour acheter un produit, on n’achète pas des titres participatifs, non on devient membre à part entière de l’organisation et donc de sa gouvernance, avec un pouvoir de vote proportionnel au nombre de part que l’on a.

La conquête du far west recommence.

A la différence qu’il n’y a pas de Conseil d’administration. Il y a un grand nombre d’actionnaires, décentralisés, libres de voter, proposer, ce qu’ils veulent dans l’organisation.

En mettant ses jetons de The Dao, c’est à la fois investir ses droits de vote, mais aussi placer ses actions dans des projets à l’intérieur de l’organisation et en recevoir des bénéfices quand le projet sera développé et offrira des services et que des utilisateurs payeront pour l’utiliser.

L’objectif étant que le coût d’usage soit inférieur à celui des intermédiaires actuels. Donc plus rapides, moins cher, plus sécurisé.

C’est la naissance d’une super-organisation basée sur un super-ordinateur, open source, distribué, décentralisé, sécurisé et gouverné en direct par ses membres. La limite est que si on regarde la distribution des DAO aujourd’hui, les 100 plus riches ont la moitié de la masse monétaire, ce qui nous rappelle quand même quelques vices que nous connaissons dans nos monnaies habituelles..

Le vote :

Accepting a Proposal requires a majority decision after a debating period of two weeks minimum, and a participation rate of 20% or higher calculated proportionally to the value of ETH requested in the Proposal.

Maintenant, sinon ce ne serait pas drôle, DAO veut aussi dire Distributed Autonomous Organisation, soit organisation autonome distribuée, ce qui sous-entend que le truc tourne tout seul, de façon distribuée = sans centre, sans chef, sans autorité centrale.

En tant qu’actionnaire, et parce qu’on a des parts, on peut proposer des projets à être financés, décidés et allouer des DAO aux propositions. Bien sûr, parce qu’on est actionnaire on peut aussi recevoir du profit/dividendes des projets financés.

Au jour d’aujourd’hui :

1 ETh = 12,50 dollars à peu près

1 ETH vaut 100 Tokens de DAO

Mais dans leur émission de DAO tokens (jetons DAO), ils ont repris le même schéma de rareté artificielle en réduisant tous les 15 jours ou toutes semaines le nombre de DAO émis pour 1 ETH échangé. Donc 100 DAO pour 1 ETH la première semaine puis à partir du 14 mai ce sera 95 DAO pour 1 ETH et puis ça changera encore…

Cela pour valoriser ceux qui arrivent le plus tôt, car ils prennent un plus grand risque.

Donc

Aujourd’hui, on a 42 millions de dollars qui ont été investis.

Ce qui représente : 4,31 millions d’ETH créés.

Ce qui représente 430,77 millions de DAO Tokens.

5.1 Slock.it

Les grands malins qui ont bien boosté le lancement de The DAO, c’est Slock.it, une startup basée sur l’internet of things, internet des objets qui veut proposer une alternative à AirBnB & über en utilisant la blockchain. Pourquoi? parce que c’est possible, moins cher et que la richesse est partagée.

Donc plutôt que ce soit une entreprise qui possède la plateforme et fasse intermédiaire, la proposition c’est d’avoir une technologie open source, avec des contrats proposés par Slock.it et que chacun puisse louer ses objets, sa voiture, son appartement, directement via The Dao.

5.2 Ethereum Computer & le universal Sharing Network

Mais plus malins encore que ça, leur premier projet, avant de pouvoir dérouler toute leur vision, c’est de créer un Ethereum computer, sorte de box wifi, qui contribuerait à réaliser les transactions ethereum et donnerait de la puissance de calcul à la blockchain d’Ethereum, le tout dans le monde physique, parce que tout ça, c’est quand même vachement virtuel, donc difficile à capter pour le grand public.

Conclusion

Alors qu’une nouvelle ère de l’informatique, de l’innovation et du p2p s’ouvre devant nos yeux, de grands écueils viennent avec elle : la levée de fonds étant faite en dollars/euros, l‘accès à cette monnaie étant de plus en plus cher, on retrouve des mécanismes de rareté artificielle qui sont bien peu nécessaires à nos inventions du 21ème siècle.

La quantité monstrueuse de DAO achetés, les mécanismes évidents de spéculation et la croyance que ça va toujours monter donnent à la DAO un gout de super produit magique qui va changer le monde.

Or, et c’est bien là que tout recommence, avec près de 200 millions de dollars financés, tout reconstruire avec une telle somme génère une pression et un enthousiasme qui peut vite faire perdre la tête.

Le pouvoir de vote lié au nombre de DAO est-il bien raisonnable pour sortir des mécanismes déjà bien connus de concentration de pouvoir monétaire et décisionnaire?

Une chose est sûre : peu nombreux sont ceux, à ce jour, qui peuvent lire les codes et algorithmes et comprendre vraiment de quoi il en retourne, alors même si on n’a plus besoin d’avoir confiance en notre prochain grâce aux machines, encore faut-il avoir confiance dans ceux qui en écrivent et programment la colonne vertébrale.

A suivre… ce n’est qu’un début…

Merci à Hadrien & Nicolas Loubet pour les infos et perspectives sur Ethereum & Dao.

Sources :

DAO :

Site officiel (EN) : https://daohub.org/

https://medium.com/@BlockByBlock/the-decentralized-autonomous-organization-dao-5e80cfe8c993#.pkfffktu7

Acheter ses premiers DAO (EN) : https://forum.daohub.org/t/up-updated-official-statement-on-the-dao-creation-process-how-to-get-and-watch-tokens/425

White paper (EN) : https://download.slock.it/public/DAO/WhitePaper.pdf

Code source (EN) : https://github.com/slockit/DAO/wiki/The-DAO-v1.0-Code#verifying-the-dao-code

Faire une proposition (EN) : https://github.com/slockit/DAO/wiki/How-to-create-a-proposal

Les propositions en cours : https://dao.consider.it/

What is the DAO (EN) : http://www.coindesk.com/the-dao-just-raised-50-million-but-what-is-it/

Backfeed veut changer la gouvernance du DAO pour instaurer du mérite : https://magazine.backfeed.cc/dao-alive-now-let-evolution-begin/

Présentation par le COO de Slock.it (EN) : https://blog.slock.it/the-inexorable-rise-of-the-dao-2b6e739b2615#.rtiwhwiwz
Q&A with Stephen Tual from Slock.it (EN) : https://www.youtube.com/watch?v=cnm7nh7LVPA
Q&A avec Stephan Tual de Slock.it (FR) : https://bitcoin.fr/video-presentation-de-slock-it-par-stephan-tual/
Qu’est -ce qu’une DAO (FR) : https://www.ethereum-france.com/decentralized-autonomous-organization-dao-blockchain/
Stats du DAO : http://daostats.github.io/accounts.html
Quels contrats sont possibles à coder (EN): http://www.the-blockchain.com/2016/04/12/beware-of-the-impossible-smart-contract/
Crowdfunding list (EN) : https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_highest_funded_crowdfunding_projects

Retour sur l’expérience Symba

Retour sur l’expérience Symba : Changer la monnaie – sauver le monde – faire sa part

originellement publié le 15 novembre 2016 sur strikinglyhttp://www.opensociety.fr/blog/retour-sur-l-experience-symba

Cela faisait quelques semaines que je cherchais des choses sensées à vous partager, pas juste pour le faire, de les pousser sur les réseaux en attendant des pouces et me rendre intéressant, plus pour sentir ce qui émerge en moi, ce qui arrive à la surface et le déposer sur la table, le donner à lire, à voir, pour que vous puissiez connaître ma réalité du moment, que vous puissiez me dire si ça vous parle et ce qui résonne pour vous.

Un seul but, encore et toujours, relier. Des choses entre moi et moi, et de vous à moi. Faire émerger de la conscience sur les processus que je vis et que je traverse, et ceux qui peuvent vibrer pour vous. Et les processus qui nous concernent dans cette transition collective. Relier.

Alors que cette année 2016 de bilans avance et approche la fin, il m’est inévitable de voir comme ma trajectoire a changé ces dernières années et de revenir sur le projet auquel j’ai donné une très grande place dans ma vie : Symba.

Symba – Responsabilité collective dans les communs

La semaine dernière les impôts des Yvelines m’ont appelé pour connaître les déclarations de la coopérative Symba. Quand j’ai dit que je n’avais fait aucune déclaration, la personne au téléphone m’a dit que le tribunal allait sans doute la fermer.

Voilà qui m’attriste, voilà qui m’apaise, voilà qui me libère. Enfin.

Bien sûr, je n’ai pas bien fait les démarches. Bien sûr j’étais gérant et j’étais responsable.

Mais quelle est la part de responsabilité de quelqu’un qui lance un projet commun pour la communauté, au service des communs?

Le non-aboutissement de Symba n’est pas juste celui de ses fondateurs, c’est pour moi un signal plus général de là où nous en sommes.

Quelle est ma part de responsabilité quand l’objectif n’est pas l’enrichissement personnel, la prise de parts de marché, mais plutôt une solution collective pour adoucir la crise, pour imaginer la suite, une issue au manque de crédit, une proposition pour réinventer et redynamiser les échanges, un airbag face au subprime, un canot de sauvetage face au capitalisme, une embarcation pour repenser la création monétaire et challenger la gouvernance du système monétaire en place?

Est-ce normal que si peu de ces organisations essentielles de la transition : le mouvement Colibri et La Nef pour ne citer qu’eux n’aient pas pris de parts dans la coopérative?

L’histoire leur donnera raison, vu que ça a planté. Mais ça a planté parce que nous n’avons pas réuni assez de monde…
Moi qui pensait que nous étions dans le même bateau et que prendre 2 parts de 100€ soit 200€, ce n’était rien pour une association de l’envergure de Colibris, j’étais sacrément surpris.

Dire qu’ils pensaient plutôt à une monnaie colibris m’a largement secoué, moi qui lisait dans leur carnet de révolution à la rubrique économie la solution des monnaies complémentaires locales. C’est une réflexion que j’ai vu et entendu chez un grand nombre des acteurs de la transition, alors que nous proposions une monnaie régionale, eux pensaient plutôt à faire « leur » monnaie. Alors que nous créions des ponts entre les mondes, chacun voulait construire « sa » monnaie.

Moi qui pensait que prendre 2000€ de parts pour une entreprise comme la Nef serait une simple formalité, pour cette banque qui est nommée et identifiée partout comme la banque de la finance éthique et des monnaies complémentaires, là encore, je fus très surpris. Dire qu’ils n’avaient pas de politique interne sur les monnaies complémentaires m’a largement surpris là encore. Moi qui pensait qu’ils étaient formés, au courant et qu’ils n’attendraient que des créateurs de projets comme moi pour investir et soutenir ces projets. Je pensais que je pourrai aussi les accompagner en interne à monter en compétences sur ces questions pour pouvoir construire leur politique interne.

Décalages

Je ne leur en veux pas. Je suis juste ébahi par le décalage entre ce que je m’imaginais de solidarité, soutien et spontanéité de ces organisations de la transition, entre leurs connaissances de ces sujets, leur capacité à s’engager et la réalité qui prit beaucoup de temps. Je questionne juste ma responsabilité et la leur. La nôtre, entre tous nos discours, nos envies de changements et nos actes, il y a encore un fossé. Qui s’agrandit et s’élargit quand on passe à l’échelle de nos organisations qui manquent de souplesse, de folie et d’audace.

« Je questionne juste ma responsabilité et la leur. La nôtre, entre tous nos discours, nos envies de changements et nos actes, il y a encore un fossé. »

J’étais jeune, citoyen entrepreneur, fou, idéaliste, je suis tombé sur des salariés. Des personnes qui remplissent des rôles, dans des cases, contre un salaire dans une organisation qui doit perpétuer sa mission. Je ne suis pas tombé face à des entrepreneurs qui vibraient et résonnaient à l’audace de la proposition (pas si) folle de Symba. Ils recommandaient les monnaies complémentaires, ils disaient qu’il fallait le faire, ils en étaient convaincus. Mais quand je leur ai tendu la main et demandé une participation, le passage à l’acte se fit attendre.

Quel risque y avait-il à investir dans Symba? Perdre des sous. Respectivement 200 et 2000 environ.

Vu d’ici, ils ont bien fait de ne pas prendre ce risque, puisque Symba ferme aujourd’hui. Mais l’histoire aurait pu être différente.

Un trop grand prix à payer

Mais cette énergie fraîche et folle, ce brin de folie que j’ai mis dans Symba, ce supplément d’âme de porter un projet sans compter, d’y mettre cœur et tripes, cela n’a pas de prix et cela s’use avec le temps. Pourtant, cela ne se paye pas dans le projet. C’était extrêmement pas cher de demander à tous les acteurs de prendre une part, leur part. Peut-être pas assez cher pour être pris au sérieux?

Ce que je sais c’est que j’ai mis quelque chose dans ce projet qui n’avait pas de prix et qui n’était pas compté dans les tableurs : 7 ans de ma vie et la sécurité que ce ne serait pas une machine à profit privés. Je pensais que mon engagement et cet investissement parlaient d’eux-mêmes et inviterait les autres à faire leur part.

Combien cela aurait rapporté si Symba vivait aujourd’hui, nul ne peut le dire. Où serais-je aujourd’hui si Symba était encore en développement, aucune idée. Peu importe.

Quels sont les apprentissages que je tire de ces décalages dont je n’avais pas conscience?

Apprentissages

Que me révèle la lenteur des organisations que j’ai rencontré et qui disaient oui pour soutenir les monnaies complémentaires et n’ont pas marché leur parole?

D’abord, et je l’ignorais profondément : que la finance est un temps long. Contrairement à ce que j’ai pu penser en étudiant la finance et sa rapidité sur certains marchés, la finance, ces changements profonds, font appel à une inertie incroyable. Pour rappel la ville de Nantes a mis la monnaie à l’agenda 21 de la ville en 2005, la Sonantes est sortie en 2015.

Ensuite que les organisations, une fois qu’elles ont pris une certaine forme, une certaine taille sont hyper lentes à décider ce genre d’action : la prise de part dans une autre entreprise, aussi coopérative soit-elle.

La dernière chose, c’est que des projets pour transformer il y en a des milliers et que ce sont à ces mêmes portes que tous les acteurs de la transition doivent se tourner pour attendre une reconnaissance, un soutien, un financement, une visibilité, une validation.

Je me rends compte également que j’avais de très grandes attentes et espoirs sur le fait que les membres et organisations clés de la transition feraient le pas en courant et n’attendaient que ça. Nous ne souhaitions pas convaincre ou vendre des parts, mais que les citoyens et associations nous rejoignent, librement, de leur plein gré, comme une évidence. Pour moi un sociétaire qui comprenait le pourquoi participer à Symba avait beaucoup plus de valeur qu’un sociétaire que nous aurions convaincu de la rentabilité quelconque du projet. Aussi, nous ne pouvions convaincre personne à prendre des parts, simplement informer, et attendre en ayant confiance.

Peut-être était-ce trop tôt, peut-être fallait-il beaucoup plus de temps?

Le pari de départ, les arbitrages clés

Réunir un grand nombre de personnes, d’associations et d’entreprises prenant une petite part : 2014 personnes prenant une part de 100€, sachant que les associations devaient prendre 2 parts et les entreprises 3.

L’objectif était double : rassembler 2000 personnes qui financeraient l’apport initial, mais aussi rassembler 2000 personnes qui seraient le début du réseau, les porteurs de la vision, les défenseurs d’un réseau de confiance utilisant une monnaie complémentaire, les gouvernants de cette monnaie, chacun avec sa part, chacun avec sa voix.

Cela n’a pas marché pour plusieurs raisons :

  1. Rassembler une communauté de valeur sur une identité commune, sous la bannière de l’île de France n’est pas du tout le même challenge qu’en Corse, au Pays basque ou dans des zones à forte identification géographique. Qui se dit francilien et fier de l’être? Idem, malgré la pertinence du modèle de l’économie symbiotique, ce réseau ne fait pas encore corps.
  2. Peu de gens connaissaient vraiment les monnaies complémentaires. Encore moins connaissaient les monnaies inter-entreprises en crédit mutuel, comme le WIR que l’on voit dans le film Demain.
  3. Ensuite, nous voulions construire avec les citoyens pour les entreprises. Quand on parle d’argent, les besoins, les images, les ressentis ne sont pas du tout les mêmes pour des citoyens ou pour des chefs d’entreprises ou pour les collectivités. Les rapports sont d’ailleurs complètement différents et disproportionnés d’une catégorie à l’autre avec souvent une peur, des cloisons, un manque de communication entre ces différentes catégories d’acteurs économiques.
    Je croyais que les citoyens, touchés par la cause monétaire et l’aspect essentiel du retour de la création monétaire dans le domaine public seraient de bien meilleurs moteurs pour développer un réseau de confiance que les chefs d’entreprise, plutôt préoccupés par la trésorerie et le besoin de fonds de roulement à court terme.
    Nous ne voulions pas seulement faire un réseau de financement de PME. Nous voulions de Symba que ce soit plus que cela, au-delà des entreprises, que ce soit un animal politique capable de transcender les catégories et de relier et renforcer les différents acteurs économiques en leur donnant la responsabilité de la gouvernance de leur monnaie.
  4. Il n’y avait pas assez à gagner à court terme : investir dans une coopérative SCIC, qui ne versera pas de dividendes, pour construire une organisation qui crée de la monnaie à l’échelle locale : l’intérêt personnel est trop éloigné de cet acte désintéressé de départ : pas de retour sur investissement en euros, pas de garantie, trop complexe, trop long…
  5. Nous avons commencé avec l’énergie et l’enthousiasme citoyen, avec le financement de la région, mais ayant pris le parti de ne pas emprunter avec intérêts auprès des banques, il nous fallait financer le démarrage au-delà de la très bonne volonté des uns et des autres. Même si les citoyens peuvent faire des miracles, pour pouvoir pérenniser une entreprise de cet ordre, cela nécessitait un financement que les prises de parts n’ont pas suffi à alimenter : à la fin nous rassemblions 87 sociétaires, amis & familles compris.
  6. L’administratif nous a ralenti, même si l’énergie manquait avant cela. Créer une SCIC avec l’urscop en france, c’est à dire innover et aller chercher parmi les statuts modernes, cette forme juridique particulière nous a valu des détours dans chaque administration pour créer notre case. SCIC SARL qui créée des monnaies inter-entreprises. Imaginez les 2 heures de présentation avec chaque interlocuteur. Tout a été beaucoup plus long que prévu, mais ce n’était pas le principal frein.

La croyance initiale, c’est que 2000 personnes en Ile de France, sur une région de 12 millions d’habitants et d’1 million d’entreprises, 2000 âmes prêtes à mettre 100€ pour un tel projet, nous croyions que c’était jouable, que le projet et l’équipe seraient capables de les rassembler pour construire ensemble la suite.

Nous n’avons pas approché les entreprises avec un produit et une solution toute faite :

  • Nous avons approché les citoyens avec de l’éducation populaire, avec des soirées, des conférences, de l’éveil des consciences. Nous ne pouvions pas, à mes yeux, nous contenter de gérer un réseau de crédit inter-entreprise, sans mettre de la lumière sur la création monétaire par les banques privées, sans parler de l’argent dette, sans parler de la possibilité de faire du prêt sans intérêt et d’en expliquer à la fois les règles possibles, mais de faire réfléchir sur la question et les paramètres pour le succès de cette entreprise.
  • Nous ne pouvions pas créer une entreprise dans laquelle nous déciderions de toutes les règles du réseau sans remettre sur la table la question de la gouvernance que nous critiquions dans le système monétaire français ou dans le système européen.
  • Nous ne pouvions pas proposer une nouvelle économie avec d’autres valeurs sans mettre en avant l’économie symbiotique et décrire cette économie qui existe, la révéler, la rendre visible, la flécher, pour que chacun comprenne, voit, prenne conscience des circuits de l’argent et de la différence quand je dépense 10€ chez Starbucks ou 10€ au Café du commerce ou 10€ dans un magasin bio.

Alors je suis responsable de ce non aboutissement. Je suis responsable de mes différends avec Isabelle. Je suis responsable de la mauvaise gestion de Symba et de l’euphorie utopiste que cette aventure fut.

Je suis également responsable de ne pas avoir consulté toutes ces organisations avant d’avoir lancé le projet, de leur avoir demandé leur avis, si elles seraient prêtes à contribuer.

Mais à tous ceux qui n’ont pas pris de parts, j’ai envie de vous demander quel a été votre rôle ou votre non-rôle dans cette aventure?

Faire du grand et vite

La difficulté de projets comme Symba, ou de projets comme de nouveaux partis politiques, ou de grands projets de transformation de la société, c’est qu’ils demandent une grande énergie, une synchronisation dans le fait d’y aller ensemble, d’y croire et de se mobiliser. Pour Symba, au-delà de participer aux soirées et de se former, ça commençait par mettre 100€, cela consistait à créer un réseau, une masse critique, se relier et se rassembler, rapidement, vers un effort commun.

Nous n’avons pas su le faire au-delà du premier cercle.

Nous n’avons pas pu le faire.

Nous ne l’avons pas fait.

Ma part

Une partie de moi est profondément triste de constater que ce pari était beaucoup trop optimiste et que je me suis trompé, que non, 2000 personnes qui veulent changer la monnaie, ou l’économie, sur une région de 12 millions d’habitants, bah 2000 personnes qui mettent 100€ finalement, nous ne les avons pas trouvé.

Une autre partie de moi est soulagée, d’être sorti de ce rythme infernal de réunions, de soirées, de communiquer, d’expliquer, d’initier, de relier… J’ai financé Symba avec mon sang, avec mon énergie, avec une partie de mon âme. Cela m’a usé. J’ai fait 3 mini-burnout en 2 ans. Même si cela m’a profondément nourri de transmettre, de parler, d’échanger, de présenter tous ces sujets, d’exposer toute cette connaissance, un endroit en moi a crié.

Même si cela m’a profondément nourri de transmettre, un endroit en moi a crié.

J’ai voulu faire beaucoup plus que ma part. J’y ai cru profondément, et j’ai été sincèrement obligé d’y croire pour pouvoir porter et vivre cette aventure, mais le prix était trop élevé pour moi. Je n’aurai pas tenu dans la durée. Faire appel à 2000 personnes était une façon pour moi de ne pas porter plus que ma juste part. Mais encore fallait-il les réunir à temps, avant que le « crédit » ne s’épuise.

Nous nous sommes attaqués à trop grand défi pour nous. Nous n’étions pas encore prêts à relever ce genre de défis collectifs, nous n’étions pas capable de rassembler assez de citoyens, d’associations et d’entreprises dans un temps aussi court et avec les moyens dont nous disposions.

Ce que je savais

Je l’ai dit et je l’ai écrit, mais il est important de dire que je ne savais pas ce que je faisais, ne l’ayant jamais fait et combien même je l’aurai déjà fait, rien ne me permettait de garantir que je saurai le refaire sur une région comme l’Île de France. J’ai juste tenté, j’ai essayé quelque chose. J’avais bien sûr des retours d’expériences de tous ceux qui l’avaient fait, qui étaient en train de le faire ou qui le faisaient depuis des années maintenant :

  • critical mass before launch : réunir une masse critique avant de lancer la monnaie + diversité des offres
  • education education education : éduquer, éduquer, éduquer
  • from me me me, to we we we : passer de moi moi moi à nous, nous nous

De Symba, aujourd’hui je regrette de m’être frité avec Isabelle Delannoy et de ne pas avoir pu tenir mes engagements financiers vis-à-vis de mes connaissances, prestataires et amis qui m’ont fait confiance : Nicolas Dabbaghian de Capsense et Olivia Zarcate d’Imagidroit.

Tourner la page pour reconstruire

Je me remets encore doucement des séquelles que cette aventure a creusé en moi : psychologiques, financières, émotionnelles & physiques. Je rembourse petit à petit mes dettes personnelles creusées dans la période post-symba sans chômage. Je retrouve mon énergie, je rassemble mon être, je réunis tous les fragments de mon âme, je re-concentre mon énergie que j’avais répandu dans les 4 coins de ce projet.

Symba était une étincelle, une possibilité, un espace de libertés, une opportunité, une chance, une répétition générale, un entraînement, un plan, un égrégore, un espoir, une utopie, une aventure, un rêve, un projet bien réel, une graine.

Symba était.

Le champ des possibles

Des grandes voies pour réinventer la création monétaire privée et rééquilibrer la distribution monétaire, j’en vois aujourd’hui toujours trois :

  • Refaire passer la création monétaire dans le domaine public et distribuer un revenu de base soit au niveau Français soit au niveau Européen
  • Créer un revenu de base adossé à une monnaie complémentaire locale
  • Créer un revenu de base adossé à une monnaie numérique décentralisée

Mon ami Stanislas Jourdan a pris la première voie en rejoignant Positive Money et en animant la campagne QE4People à Londres : Quantitative Easing for the people… la planche à billet pour les citoyens.

Pour ma part, j’ai toujours eu plus d’espoir dans notre capacité à créer notre réalité sans attendre l’aval ou l’autorisation d’en haut et c’est pourquoi j’ai tenté ma chance avec Symba sur une monnaie locale. Une fois le réseau B2B relié, l’idée était d’ouvrir aux citoyens via un revenu de base…

La voie par la monnaie numérique est en train d’être prête à être testée via le logiciel Duniter.

Chaque voie présente ses options et ses challenges. Dans les voies 2 et 3, il faudra réunir une masse critique d’utilisateurs qui mettent des biens et services réels en échange de ces nouvelles unités de compte que l’on appelle monnaie et qui représentent la valeur. Une convergence d’acteurs, citoyens, entreprises, qui font corps et acceptent d’utiliser d’autres règles, un nouveau jeu.

Quid de mon engagement? de ma part aujourd’hui?

Je sais juste qu’aujourd’hui je mesurerai précautionneusement l’énergie que je mets dans chaque espoir et je questionnerai la justesse de mes attentes par rapport aux autres.

L’importance des petites choses, des tout petits projets. Des petites victoires. Des toutes petites victoires. Des tout petits pas.

Alors que faire pour sauver le monde ?

Être.

Le grand incendie est en nous

Face à l’importance des urgences qui s’offrent à nous, je ne peux trouver de récompense que dans les toutes petites choses. C’est paradoxal : tous les signaux, les capteurs de notre environnement, de nos sociétés clignotent rouge pour nous alerter de l’urgence, et pourtant, rien ne sert de courir, de m’user, de m’affoler, de croire que je vais pouvoir sauver quoi que ce soit. Nos actions doivent nous recharger pas nous user.

Nos actions doivent nous recharger pas nous user.

Être bien. Prendre soin de moi. Faire les choses, calmement, pas parce qu’il le faut, mais parce que j’en ai envie, parce que j’y crois, parce que cela me remplit de joie, en prenant la précaution de ne pas faire plus que ma/notre part. Même si la forêt brûle de plus belle et que le feu ne diminue pas. Paisiblement, calmement, tranquillement. Continuer d’arroser. Chaque goutte. Chaque pas. Chaque mouvement. Chaque pensée. Chaque parole. Chaque action.

Rien ne sert de m’enflammer si je veux éteindre l’incendie… Je ne peux inspirer l’apaisement si je me crame à la tâche. C’est dans le nombre d’entre nous qui se réveillent et se mettent à l’action avec des toutes petites choses que nous trouverons la joie, la reliance, l’endurance, le courage, la légèreté et la beauté d’un changement zen.

Aujourd’hui

Je reste évidemment disponible pour réfléchir, accompagner ceux qui se posent des questions sur les projets de monnaies / réinvention de la valeur ou projets d’action collective.
Les vidéos de Symba sont disponibles pour la plupart sur le site www.opensociety.fr

J’accompagne en coaching ceux qui le désirent sur des questions pro ou perso avec une certaine expérience et une grande empathie pour les problématiques de burn-out 😉

Si je vais bien, le monde ira bien

Intro à la monnaie et aux monnaies complémentaires : les bonnes vidéos!

Voici 7 ans que je travaille au quotidien à comprendre la monnaie pour changer son mode de fonctionnement, et le notre au passage. Voici quelques vidéos que j’ai faite au fur et à mesure des années qui vous permettront de comprendre de quoi il en retourne! Bon visionnage :

Mon cheminement depuis 2007, c’était au TEDxLaDéfense sur le thème Humanisme et Profit en Juin 2012 :

Les 30 premières minutes je présente la monnaie depuis ses origines à nos jours, c’était à Strasbourg en janvier 2014 pour le lancement de la monnaie locale le Stück :

11 minutes au Wikistage à l’école Centrale en Mai 2014 pour parler du partage, du partage du pouvoir de création monétaire :

REWU @ Gaieté Lyrique : Monnaies complémentaires, la révolution douce et profonde

Samedi 5 Avril 2014, j’étais l’invité de l’émission REWU : Read With Us pour présenter les livres clés qui ont formé ma pensée sur les monnaies complémentaires.

Le plateau dure 2 heures et c’était un grand retour en arrière, une belle synthèse des humains qui m’ont inspiré, des livres, des blogueurs aussi que j’ai suivi et qui m’ont transmis leurs visions.

 

Aveu de vulnérabilité

Construire un nouveau système monétaire, imaginer les règles d’une nouvelle monnaie, de nouvelles règles pour identifier, reconnaître, mesurer, échanger la valeur pose des millions de questions, pour définir des paramètres, des options, des modes de fonctionnements nouveaux et la confiance que nous pouvons avoir entre nous, ses fondamentaux.

C’est un exercice difficile qui demande de laisser derrière nous tout ce que nous avons connu, de reconnaître qu’il faut recommencer à zéro, repenser depuis la feuille blanche et imaginer autre chose, à la fois pas si différent et pourtant intrinsèquement nouveau.

Construire un système cohérent, complet qui puisse satisfaire les besoins des humains dans une société fluide, conscient des limites de la planète, de notre place dans la chaîne du vivant, de l’impératif besoin de coopération, de respect dans nos relations entre voisins, entre régions, entre pays, du besoin de partage et de responsabilités face à tous les challenges qui nous regardent en ce début de 21ème siècle vient nous questionner profondément, jusqu’au coeur de nos peurs les plus profondes.

Cette quête nous challenge d’abord sur notre foi en l’homme, en l’humain, en la vie. Elle nous challenge aussi sur le comment faire tout cela. Elle nous challenge sur notre capacité à mettre tout cela en oeuvre. Ensemble? Qui y croit vraiment? Nous aimons repérer rapidement les bisounours, les dénigrer et reprendre nos affaires. Mais de vrais peurs sont tapies ici : la peur du manque, la peur de se faire trahir, la peur de ne pas avoir assez, la peur de se faire arnaquer… Elles existent et nous collent contre le mur, nous paralysant pour éviter de faire le saut dans le vide dans ces nouveaux systèmes qui appellent un vrai lâcher prise et une confiance profonde en la vie, en l’avenir.

Et même si c’était possible, nos croyances nous rattrapent et nous disent qu’il est trop tard, ou qu’on y arrivera pas ensemble, ou en tout cas pas à l’échelle de la planète.

Je suis convaincu que c’est possible, en fait je ne vois déjà plus d’autres alternatives. L’ancien étant déjà condamné à tous les niveaux, il n’est plus une option viable et rester collés au mur ne fait que compliquer et retarder le saut qu’il faudra de toutes façons faire…

L’aveu de vulnérabilité :
Dans cette quête, j’aimerai pouvoir vous garantir que nous savons le faire, que nous avons les réponses, que nous allons y arriver, que tout est déjà calé et que vous n’avez plus qu’à nous rejoindre et que c’est facile et garanti. J’aimerai vous garantir que vous pouvez avoir confiance et qu’avec nous tout va fonctionner. Ce n’est pas le cas. J’aurai aimé tout maîtriser et vous dire c’est bon, venez tout est prêt. Ce serait mentir.
Nous avons déjà des exemples de systèmes qui marchent, mais ce n’est plus possible à mes yeux de prendre cette garantie et de m’engager à ce que ces systèmes fonctionnent, fassent tout à notre place, gèrent nos ressources, nos échanges, reconnaissent la valeur et que si l’un de nous ne peut plus payer, que le système garantisse le fonctionnement, le paiement, la confiance des uns et des autres.

Je peux m’engager à faire tout mon possible pour que le système fournissent les informations pour créer la confiance, que le système soit transparent et permettent aux acteurs d’agir en étant informés, nous allons d’ailleurs nous y engager! Mais il ne nous est plus possible de garantir quoi que ce soit et il ne nous est pas possible en tant que gérant du système de prendre cette position.

Ce serait même de la folie à mon sens de vouloir recommencer et faire comme si nous avions la capacité de prédire l’avenir et de tout garantir, l’avenir, les défauts, les échecs et les risques.

Ce que par contre je sais, c’est que nous sommes une espèce plutôt douée, magique même, faite de millions de cellules qui interagissent entre elles et avec les millions d’espèces qui nous entourent en permanence, nous constituons un ensemble complexe et pourtant bien cohérent qui a trouvé un grand nombre de moyen d’évoluer, de s’adapter pour grandir, survivre, muter, se transformer et aller de l’avant.

Si je n’avais pas confiance dans un système qui peut tout garantir, j’ai confiance dans notre espèce et dans notre capacité à trouver des solutions ensemble, dans notre capacité à coopérer, à nous serrer les coudes et les coeurs pour faire face ensemble, pour organiser, définir, ce qui compte, comment nous pourrons créer des relations saines, respectueuses, durables, libres et fraternelles.

Cela nous demande de l’écoute, de la solidarité, du respect et de rappeler à notre mémoire la conscience de l’interdépendance qui nous unit et nous a toujours unit.

C’est ce qui nous attend. N’attendons pas plus, l’heure est venue.

Relions-nous, cocréons et prospérons ensemble.

Russia Today parle des monnaies complémentaires françaises

Voici une présentation du JT russe Russia Today sur la perte de confiance dans l’euro ainsi que l’apparition des monnaies complémentaires en France.

J’interviens en tant qu’expert et porteur de projet local.

Le sujet sur les monnaies complémentaires commence à partir de 2 minutes 11. On y voit Hervé Pillard, avocat, Ghislaine Scheffer, présidente de l’association de la monnaie locale la Pêche et un commerçant de Montreuil. Sont également mentionnés le Bitcoin et la carte des monnaies complémentaires en France.

Monnaies fondantes, pour quoi faire?

Il y a plusieurs fonctions dans la monnaie : unité de compte, réserve de valeur et moyen d’échange. Ces fonctions sont parfois contraires… la réserve de valeur a attrait à ce qui relève de la propriété privée alors que le moyen d’échange est plus une fonction publique..

Donc si j’épargne et garde toute la monnaie chez moi pour le futur, je peux en priver les autres pour réaliser leurs échanges. C’est ce que l’on observe à l’échelle mondiale où l’argent est ultra concentré dans certaines zones et complètement absent à d’autres endroits.

Le capitalisme avec l’intérêt valorise la thésaurisation : le fait d’épargner et d’accumuler. 100 deviendront 104 à la fin de l’année.
La fonte (développée par Silvio Gesell) mais qui existait déjà au moyen âge (monnaie de Surestarie) et en Egypte ancienne permet de diminuer la valeur de la monnaie avec le temps (comme le font les biens naturels périssables) et donc d’encourager la circulation. Pour cela voir le très bon livre de Bernard Lietaer : Au coeur de la monnaie aux éditions Yves Michel. Pour voir la conférence entière, c’est juste en-dessous :

Au cœur de la monnaie – Bernard Lietaer from UNIVERSITE INTEGRALE on Vimeo.

 

La monnaie est un outil. En fonction des besoins et de ce que l’on veut créer : accumulation et/ou circulation on peut choisir l’un ou l’autre des paramètres. Bernard Lietaer parle de monnaies Yin et monnaies Yang en disant qu’il faut les deux, que ce sont des fonctions différentes et complémentaires.

La fonte est souvent mise en place dans les monnaies locales pour stimuler sa circulation (par opposition à l’euro qui encourage l’accumulation), cela contrebalance les effets et nous apprend à penser et nous comporter différemment. La richesse se créée en fonction de la vitesse de circulation de la monnaie. En permettant à la monnaie de circuler plus vite (via la fonte) on accroît donc les échanges.

Les échanges sont différents de la consommation. Un échange de savoir, de connaissance ne consomme pas de ressources naturelles et fait du bien à tout le monde!

Pour finir, je dirai qu’il faut faire attention aux limites que nous avons pu observer au niveau global : surconsommation, croissance à tout prix, et ce que nous essayons de développer à petite échelle dans des petits réseaux : créer des échanges.

Donc des échanges locaux et intelligents sont importants et ne sont pas forcément de la surconsommation. Après c’est comme l’énergie renouvelable, cela ne nous empêche pas de bien regarder ce que l’on consomme et pourquoi on le consomme 😉

En lien, l’interview (en espagnol) de la fille de Silvio Gesell qui a étudié son oeuvre

SONJA TOMYS en OCCIDENTE: TESTIMONIOS, VISIONES y UTOPÍA (entrevista completa) from bioecon tv on Vimeo.

Demandez le programme des prochains événements

Voici en quelques lignes les prochaines dates et lieux de mes interventions ainsi que le bilan des dates précédentes. Je mettrai à jour au fur et à mesure des informations complémentaires.

Programme des conférences à venir :

– 12 septembre rencontre ouverte organisée par Christine Koehler

Conférences et interventions passées

Bilan des réveils sur la monnaie, la richesse et les monnaies complémentaires :

– CESER Champagne Ardennes – Juin 2014
– Education Day : pitch pour Symba
Soirée Impact à l’Hôtel de Ville
– Wikistage : le samedi 17 mai pour parler du pouvoir et de la responsabilité de la monnaie : http://centraleparis.wikistage.org/
– eDay : 30 Mai en Normandie : voir le programme
– OuiShare Fest : 5-7 May @ Cabaret Sauvage – Keynote about Money & Symba, see the program : keynote de 10 minutes en anglais à propos des 3 pilliers du réseau Symba
OuiShare Fest : Wednesday 7th May – Unpanel about the future of currencies, see the program
– Colloque Comad : Communication à l’âge digital : le Mercredi 16 avril à 19h
– UpConférence à la Bellevilloise, Mardi 8 Avril : le Gratuit a-t-il un prix?
-REWU, Read With Us : Monnaies complémentaires, la révolution douce et profonde – Samedi 5 avril à la Gaieté Lyrique de 15 à 17h avec Sylvia Fredrikson
– Pitch pour le Grand Oral de l’échappée Volée pour Symba
– 4 mars : soirée Dside à Paris
– Samedi 25 Janvier, lancement de Newropeans pour les élections europénnes, présentation du SYMBA IDF
– Strasbourg : Vendredi 17 Janvier, Conférence Grand public dans le cadre du projet du Stück, lien événement Facebook au Centre socio-culturel du Fossé des 13
– Mercredi 18 Décembre, OuiShare Coffee, une 20 taine de personnes pour les monnaies et le projet IDF : Symba. Lien Facebook
– Mercredi 18 Décembre une 20taine de personne à la Maison de l’Italie : Symba : le projet IDF
– Jeudi 19 Décembre  Lavoir moderne : les monnaies complémentaires : l’âge de la réunion. Lien Facebook
Semaine du 18 Novembre : Une centaine de personnes touchées en conférences la semaine dernière entre Nantes (Rezt’L), les lacs de l’essonne à Viry Châtillon et la fontaine aux images de Clichy-Sous bois.
– Semaine du 2 Décembre : Une centaine encore cette semaine avec la soirée sur les monnaies organisée par l’ESCP.
– Dimanche 8 Décembre au Biocoop d’Epone en IDF, 70 personnes participants déjà à des SELs

Le réveil a sonné!

Et si on devenait riches ensemble?

PS : j’ajouterai les liens au fur et à mesure que je les ai.

Symba, le Copil #3 et l’introduction de la gouvernance

Hier, journée de rêve à Citizen Can avec Florent & Christine Neveu, Pastor Olivier & Isabelle Delannoy pour notre 3ème COPIL du projet Symba pour la monnaie symbiotique en Île de France.

L’équipe a rencontré Olivier, Olivier a rencontré l’équipe. Après avoir rassemblé la vision : le symbiotique avec la courroie de distribution (la monnaie), voici la 3ème roue du carrosse pluggée : la gouvernance. Pour répondre à des questions simples et ô combien importantes : qui décide? Comment on décide?

Inclure dès notre lancement interne des mécanismes d’intelligence collective, de décision par consentement et de créer une gouvernance évolutive comme faisant partie intégrante de notre ADN est un grand pas pour le Symba! Cela permettra de le mettre et de le décliner naturellement dans la monnaie : la communauté met à jour son système par elle-même en pilotage dynamique.

Cela facilite bien des choses et libère l’esprit : plutôt que de chercher la meilleure solution, cela permet de trouver celle qui marche maintenant et d’avoir confiance que nous serons apte à changer de cap quand le besoin s’en fait ressentir.

Tout un changement de posture!

Quand on parle de monnaie, on parle d’humains qui décident ensemble un système de valeur commun. Pour moi parler de monnaie oblige à parler de processus de décision collective, c’est le fruit de mon expérience et de ma pratique au sein du Transitionner avec Jean-François Noubel, au Taovillage avec Patrice Levallois, à emmapom avec Emma Pometan et avec l’UDN.

Pour (re) découvrir le travail merveilleux de laboratoire vivant que mène l’Université du Nous à Chambéry et ailleurs en France, je vous invite à visiter leur site web et à découvrir leurs actions!

http://universite-du-nous.org/