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2015 : Réinvention & ralentissement

2015, année de la réinvention, année du ralentissement

Boooon, alors un bilan. difficile de dire en quelques mots ce que j’ai traversé en une année, surtout cette année. En dehors des points sur la ligne, des événements forts, quel est ce fil rouge auquel je puisse donner du sens? Quelle est la grande Histoire qui se lit derrière toutes les petites histoires?

Si l’année dernière au même moment j’étais plein de gratitude, content et confiant de ce nouveau départ, de ma sortie de Paris, aujourd’hui je suis à la fois heureux mais plein de questionnements. Beaucoup plus d’inquiétudes pour notre monde et son devenir.

A un niveau personnel je me sens confiant et heureux de mes choix mais plein d’interrogations et de curiosité sur la façon dont va se dérouler la suite.

2015 c’est une année de grosse transition de l’activiste parisien au néo-cévenol, un changement de modèle complet, un changement de métiers, un changement de région, un changement de maison, un changement de style de vie… une réinvention sur tous les plans.

Quitter la région parisienne, son rythme et ses rêves, sa pollution et ses angoisses pour atterrir au milieu des biquettes, là où il y a autant d’habitants dans toute la vallée que dans une rame de métro, c’est un peu l’image qui marque vraiment cette année 2015.

2015 c’est l’année où j’ai arrêté Symba, le projet pour lequel j’ai tant investi ces 2 et 8 dernières années.
2015 c’est l’année où j’ai quitté le château de Millemont pour venir m’installer dans les Cévennes avec Julie
2015 c’est l’année où j’ai découvert la vie en collectif, à la campagne
2015 c’est l’année où j’ai enfin touché la beauté et la grandeur de la nature
2015 c’est l’année où j’ai appris à me servir de mes mains
2015 c’est l’année où j’ai décidé de créer une nouvelle activité avec la femme que j’aime

C’est comme si après avoir cru vivre mon rêve, je me retrouvais en pleine nature, à méditer sur ce que j’avais mal fait, pourquoi, comment, et à en payer le prix. C’est comme si, je redevais construire le sens de mon existence après cette aventure si prenante, devoir me reconstruire, me réinventer, comprendre les errements, les erreurs et prendre la fuite, une solution de repli, de protection, de réinvention et de ressourcement.
Après la fuite à Varennes, la fuite dans les Cévennes. Pas sûr qu’un jour je revienne, pas sûr que l’envie me reprenne.

C’est comme si, grâce à cet arrêt soudain, je m’étais autorisé à vivre un rêve qui restait inaccessible jusqu’à maintenant : “je n’allais quand même pas quitter Paris pour aller élever des chèvres dans le Larzac” Ben non, jusqu’à maintenant un jugement m’en empêchait, une culpabilité, une peur de prendre soin de moi et de faire ce qui me parle au fond de moi, comme un besoin de croire qu’il faut que je reste sur le front de l’activisme, de cette peur de ce que les autres vont en penser, de ce qu’ils vont dire, penser et juger de moi.
Mais comme si en diminuant de fait cette polarité d’entrepreneur sauveur mégalo qui va changer le monde, je retrouvais un peu de ma base et de ce qui compte pour mon équilibre personnel et celui de la femme que j’aime.

Comme un basculement du militant engagé tourné d’abord vers l’extérieur à l’homme présent, tourné d’abord vers l’intérieur, vers mes besoins. Je n’y serai probablement pas arrivé sans être d’abord allé à fond et au bout de mon rêve d’activiste.

Cela me pose la question de qu’est-ce qui compte vraiment? Qu’est-ce qui compte le plus? Me donner à 300% pour créer une solution qui me parait nécessaire pour sauver notre monde qui s’effondre? Ou être présent et aimant auprès de la femme que j’aime et pouvoir construire avec elle? Comment équilibrer ces polarités sans sacrifier l’une pour l’autre? Comment faire vibrer toutes ces facettes et m’épanouir dans toutes mes relations?

Ce qui est sûr, c’est que j’avais besoin d’aller au bout, de tenter l’aventure, de la vivre, d’essayer. Ça pour essayer, j’ai essayé.

Comment ne pas balancer et rayer tout ce que j’ai fait ces 7 dernières années en terme d’études sur la finance et les monnaies? Comment ne pas tout oublier mais remettre ces connaissances et ces expériences au service de projets plus petits tout en gardant cette grande vision de l’ensemble des projets que nous aurons à construire.

Proposer des week-ends de formation sur la création monétaire / les monnaies complémentaires / l’économie du partage et les plateformes / la blockchain pourraient être une piste. N’hésitez pas à me mettre un commentaire ou un mail si cela vous parle.

C’est donc bien ce qui s’est passé pour moi cette année : quitter et arrêter un projet que j’ai créé, aimé, porté et développé avec d’autres pour me recentrer sur mon équilibre personnel. Diminuer l’ambition, ralentir, ralentir, ralentir, rétrécir les objectifs, revenir à du petit, à du simple, à du maîtrisable, à du réalisable, à du presque connu. Que c’est reposant… De faire des choses avec mes mains, des petites choses, d’en voir le résultat à la fin de la journée, que ce soient des planchers de yourtes ou des buttes en permaculture, il y a un avant et un après, c’est profondément nourrissant et hypra concret.

La nature a son rythme, elle prend son temps, aujourd’hui et dans cette année 2015, j’ai appris à ralentir pour me mettre au diapason avec cette nature qui m’entoure.

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Un petit flashback des grands événements-phases de l’année :

Janvier : Symba à fond
L’année commence à fond pour le projet Symba et les interventions sur les monnaies : une audition au CESE avec Bernard Lietaer pour essayer de convaincre des sextagénaires que les monnaies complémentaires sont un canot de secours bien nécessaire pour notre Titanic à la dérive. J’oscille entre des rendez-vous avec coopaname et des rencontres avec le parc régional des chevreuses, je multiplie les rendez-vous pour trouver des parties prenantes intéressées pour Symba : un projet de monnaie régional.

Février : licenciement officiel

Le gérant en moi licencie le salarié en moi pour faute de fonds. Malgré les 87 sociétaires, les sous manquent pour continuer de pouvoir me rémunérer et travailler à plein temps au service du projet. S’en suivra une longue aventure avec pôle emploi pour leur expliquer et tenter de leur prouver qu’en tant que salarié, j’avais un lien de subordination… je vous passe les détails, mais cet épisode me met maintenant au rang numéro 2 des spécialistes des galères avec Pôle emploi. J’en sortirai perdant et pourrai donc être une bonne oreille pour toutes personnes ayant des déboires profonds avec cette institution délicieuse et cette suite d’individus qui ne prennent pas la responsabilité des défauts organisationnels de leurs process. Je comprendrai et accueillerai respectueusement toute personne ayant envie de mettre des cocktails molotov dans quelques bureaux en leur expliquant que cela ne règlera pas leurs problèmes, bien que pouvant soulager temporairement le désarroi qui peux exister face à cette administration au service des promesses de campagne de notre président chéri.

Avril : 1er tour dans le sud, découverte des éco-lieux, rencontre de conseiller d’orientation alternatifs, où aller et que faire, quand, à nos âges, on a envie de sortir de la grande ville, comment ne pas partir en autarcie mais rester connectés aux réseaux qui bougent?

En avril, j’ai aussi fait une cagnotte pour pouvoir payer mes loyers, faisant appel à l’incroyable solidarité de 40 contributeurs.

Mai :
Enfin, après avoir vu toutes ses vidéos, j’ai l’occasion de découvrir Chilly Gonzales au Philarmonie :

OuiShare Fest, intensité & transversalité
Organiser un atelier avec Charles Eisenstein & Joe Ross, raconter et partager des bribes de la nouvelle histoire, des déclics, des moments où nous sommes sortis de ce que l’ancienne histoire attendait de nous. J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec Anke pour coordonner, faciliter la cohésion entre les 70 volontaires, les 20 connectors et l’équipe de 10 personnes gérant l’organisation du Fest. Pas d’argent pour le déménagement, je me retrouve à demander à un auditoire de 150 personnes de l’aide, manuelle et financière pour descendre les 600 km qui me séparent de ma nouvelle maison. Un an auparavant, nous gagnions avec Symba les OuiShare Fest awards. Le vent a tourné.

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25 Mai Départ de Millemont pour l’Aérium

Mes activités « professionnelles » pour ce que ce mot a encore de sens pour moi aujourd’hui :
Un week-end à faciliter l’AG de Kaméa-meah avec l’équipe du film Enquête de sens, des interventions à Reims, à l’istec à paris pour des cours et des formations sur les monnaies complémentaires, une intervention sur l’économie collaborative pour le séminaire stratégique de France Active en Corse et une mission de conseil avec l’Université du Nous sur leur développement-communication dont vous entendrez bientôt parler. J’ai aussi animé une table ronde avec le PDG de BNP Paribas pour France Active…
J’ai eu la chance d’organiser un budget participatif de 15 000€ pour les 70 connectors de OuiShare : comment chaque membre de la communauté peut voter et distribuer « sa » part du budget aux projets qu’il veut soutenir, une expérience très intéressante pour les organisations qui veulent s’ouvrir…

Rentrée et découverte du Choeur de la Buège mené par Marianne Aya Omac

J’avais découvert cette femme grâce à Maryvonne à un concert au New Morning à Paris, Julie a eu le courage de passer l’audition la première, puis étant acceptée, je me suis lancé à mon tour dans cette audition a capella face à cette chanteuse que je respecte grandement. Un stress d’enfant m’envahi : que chanter? je finirai avec Wish you were Here de Pink Floyd & Across the Universe des beattles.. et je serai pris.
Depuis que nous avons été accepté, je me régale, chaque mercredi de chanter, de vibrer, d’être avec les hommes, d’entendre les voix des femmes, cette harmonie.. quel pied!

Stage Tantra Homme en Novembre

C’est en novembre que nous sommes allés avec Julie au Hameau de l’étoile pour être Assistants de Jacques Lucas & Marisa Ortolan pour leurs puissants et merveilleux stages l’Homme tantrique et la Femme tantrique. J’étais assistant pour la deuxième fois avec Jacques tandis que Julie était assistante avec Marisa et les 45 femmes.
C’est un de ces moments où je me sens à la maison, vraiment bien, présent pour accompagner l’initiation de ces 45 hommes qui viennent se découvrir, passer un rituel, une porte, une étape de leur vie pour grandir dans nos chemins d’Hommes. Un vrai régal, une vocation claire pour tous les deux, nous sommes sur cette voie pour accompagner des Hommes et des Femmes, quels que soient leurs âges qui souhaitent cheminer sur ces voies de la connaissance de Soi et du Tantra.

Power & Love

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C’est fin novembre que nous avons créé avec Julie notre association Power & Love. Socle pour pouvoir proposer nos stages à l’Aérium et ailleurs. Publiée le 12 décembre au JO, c’est là encore un rêve qui se réalise : créer avec la femme que j’aime, créer à deux, dans cette danse des polarités et pouvoir accompagner ensemble hommes et femmes sur différents plans.
Power & Love c’est un peu ce Yin Yang qui doit rassembler les deux polarités, ne pas en chérir une pour délaisser l’autre, c’est bien cet équilibre, la force du ET : de la Puissance ET de l’Amour.
La puissance comme force qui conduit toutes les choses à leur réalisation.
L’amour comme force qui relie toutes les choses entre elles.
Pourvu que leur réunion nous apporte l’harmonie dont nous avons besoin.
Un site web avec les premières dates de nos week-ends est en route, si vous êtes dores et déjà intéressés, faites moi/nous signe, vous pourrez nous retrouver et vous inscrire à l’adresse suivante : http://powerandlove.strikingly.com
Notre premier stage sera sur la réconciliation des polarités féminines et masculines… 😉

L’aventure de l’aérium

Vivre à la campagne c’est d’abord le plaisir, le miracle et le bonheur de pouvoir voir les étoiles tous les soirs. De me relier à cet infini grandiose qui nous entoure et me rappelle à ma condition d’être humain. C’est aussi le plaisir de bénéficier d’un air pur de la montagne, c’est aussi la chance d’avoir une eau de source toujours fraiche.. autant de richesses qui me manquent de plus en plus dès que je quitte ce havre de paix. Des choses aussi simples qui sont gratuites, qui existent à l’état brut dans la nature, qui SONT la nature et qui pourtant manquent à tellement d’habitants sur cette planète. 3 privilèges qui devraient être des bases de vie absolument nécessaire pour tout terrien.

Apprendre à me servir de mes mains..

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A travers le travail du bois pour faire les planchers de yourtes, la construction de buttes au jardin, la mise en place d’une serre, je découvre les outils, les marteaux, les visseuses, les ciseaux à bois, je découvre les matériaux et pour chaque matériau l’outil qui va avec. J’apprends à modeler la matière. C’est vrai que les tableaux excels et les powerpoint, je maîtrise, mais construire un plancher par exemple, ce n’était pas ma compétence première. Ici chaque jour, nous nous transmettons des connaissances qui nous permettent de grandir en autonomie, dans l’éco-construction, en biodynamie… Ainsi j’ai réalisé mes premières planches à découper sur des chutes de parquet… et j’ai envie d’aller plus loin, mais allons-y molo… 🙂

Le foyer sera bientôt fini, le bureau aussi, les travaux avancent à la fois vite et lentement..

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Planter, faire pousser…
J’en ai rêvé tant de fois à Paris, avoir du terrain, de la terre, dépasser le souci hyper profond de la propriété capitalistique pour pouvoir avoir un bout de terre où cultiver, où planter, un petit carré de cette planète où nous puissions y faire pousser cette Vie, cette intelligence qui ne demande qu’à fleurir et grandir. Et là j’ai pris mes plus grandes claques, de cette abondance, de cette générosité, de ces légumes à profusion, gratuits, sans travailler, ils sont là, ils poussent, sans cesse et repoussent. Des courgettes en veux-tu en voilà, des tomates parties trop vite à cause du froid, des potirons, des pommes de terre, des petites tomates dans le jardin. Tu les manges, ça repousse. Jamais j’ai vu ça dans un supermarché. L’abondance est là, à 10 mètres de la cuisine. Elle vient concurrencer petit à petit nos dépenses de courses. En plus il y a ce sentiment merveilleux de faire pousser des petits, de faire grandir des êtres vivants, d’accompagner la Vie dans ce qu’elle a de plus beau, de plus simple : de la terre, du soleil, un peu d’eau et puis après c’est cinéma : c’est elle qui enseigne, qui montre, qui transmet, qui révèle ses secrets, l’intelligence de la Vie, Dieu en action, de la pure grâce, du génie infini..
Celui ou celle qui a inventé la nature… franchement, respect.

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Et puis après une journée remplie de choses aussi simples et en même temps physiquement mobilisantes, je peux aller me couché nourri, rempli. Faire ça dehors, sous le soleil couchant derrière les montagnes donne une beauté à cet instant, à chaque journée. Chaque jour a son coucher de soleil unique, perso, sur mesure. Complétude.

Une année très riche pour un pauvre

L’autre aspect particulier de 2015, c’est que je l’ai traversée sans un sou. A part les 2 mois de salaires de Symba jusqu’à fin février, je n’ai pas eu de revenu fixes et j’ai du vivre avec 500 ou 1000€ maximum par mois ce qui me place en dessous du seuil de pauvreté. La cagnotte leetchi d’avril m’a sauvé. Le soutien d’amis et de ma chérie aussi. Incroyable et surprenantes solidarités… merci… merci…
Et puis le rythme de vie dans les Cévennes m’a permis de diminuer un maximum mes dépenses : nourriture pour partie du jardin, loisirs gratuits, peu de transport, pas de centres commerciaux 😉 bref la décroissance de gré ou de force. Cela ne m’a pas empêché d’avoir une vie très riche.

S’organiser, penser, construire, imaginer et rénover un lieu, inventer un nouveau mode de vie
Mon emploi du temps est complètement vide et pourtant toutes mes journées sont bien remplies. C’est ce paradoxe qui est fou. Je suis très actif, mais plus au sens d’avant. Cela fait partie de ce changement, de cette réinvention, un nouveau rapport au temps, à mes besoins, à l’argent.

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Je suis en recherche de cet équilibre entre les activités sur place, les activités rémunératrices sur place ou ailleurs…
Lâcher le connu pour sauter dans l’inconnu.

Sans la conscience, aucune chance!
Enfin, et c’est sûrement le plus beau et le plus dur, partir, fuir c’est facile. Recommencer, reprendre à zéro, il y a un départ frais, un renouveau, mais c’est bien avec mes peurs et mes craintes, avec mes envies et mes désirs que je suis venu ici reconstruire mon histoire. J’ai ramené mes constructions mentales, mes pensées, mes blessures, toutes mes valises psychologiques m’accompagnent où que j’aille et je suis encore une fois face à ce mur de l’ego, cet océan de conscience, si je ne m’apporte pas ce que personne d’autres que moi ne peut m’apporter, je serai toujours à hurler sur les autres pour mes manques.

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C’est donc aussi l’occasion rêvée pour moi de prendre la responsabilité, une fois pour toute, que je créée mon monde, qu’inlassablement mon histoire se réécrit, que je projette mon cinéma intérieur sur mon environnement et qu’il n’y a que moi pour choisir de changer de bobines, d’en réécrire des scènes, de virer le réalisateur ou mettre de la distance entre ce que le petit Etienne a vécu et ce qui aujourd’hui m’agit.

Alors voilà le défi pour moi en 2016 : plonger et désactiver les blessures du passés pour écrire l’œuvre de ma vie d’adulte, pas celle qui a été écrite pour moi, mais celle que j’ai maintenant envie de m’offrir et de partager.

Je vous souhaite pour 2016 de ralentir et de trouver votre propre rythme, d’entendre votre propre musique, celle qui au plus profond de vous résonne, même très timidement et de la laisser entendre autour de vous!


Comme je suis un garçon organisé, vous pouvez retrouver mes bilans :

2014 – 2013 –2012 –2011 – sept 2010

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