In memoriam Bernard Lietaer

Bernard Lietaer est décédé ce 4 février 2019 à l’âge de 77 ans.
Je l’ai rencontré au Taovillage, au-dessus du bureau des colibris près de Ledru-Rolin. C’était en 2009-2010. Il était là, avec Frédéric Bosqué, rassemblés par le créatif Patrice Levallois.

Il était une sorte de cachalot monétaire, ou une baleine de connaissance. Une sorte de bibliothèque qui aurait traversé les âges, les pays, les époques, pour nous livrer un message, secret, universel, simple et pourtant tellement inaudible :

 

« Nous avons besoin de penser en dehors de la boîte.
Sortir du monopole monétaire.
Notre économie crève d’avoir un seul type de monnaie, la monnaie à taux d’intérêt positif.
Nous avons besoin d’une diversité monétaire

5000 ans d’histoire monétaire m’ont appris qu’un nouveau système monétaire naît quand le précédent s’est effondré« 
B.Lietaer

Il avait ces phrases, toutes faites, toutes pensées, qu’il avait dû mettre des années à comprendre, à synthétiser, à formuler pour pouvoir maintenant les livrer à profusion.

Il avait ce ton professoral, quand il expliquait les choses, pour être sûr qu’il emmenait bien tout le monde avec lui.

« Il y a eu des tonnes de bouquins pour écrire les différences entre le capitalisme et le communisme, mais pas un seul n’ont écrit sur ce qu’ils avaient en commun : ce sont tous les deux des systèmes de monoculture monétaire. Quoi qu’ils aient revendiqué, ils étaient identique à ce niveau là. »

Il passait son temps à répéter qu’on parlait des 3 fonctions de la monnaie, que tous les livres d’économie nous disait être unité de mesure, réserve de valeur, moyen d’échange, mais qu’on oubliait toujours de dire ce que la monnaie est: prenez vos stylos, attention définition :
la monnaie est un accord social, d’utiliser un médium comme moyen d’échange dans une communauté de confiance.

Ce faisant, il replaçait toujours la monnaie comme un accord social, écrit donc par des humains : nous.

Lietaer avait cette force, cette capacité de nous faire sortir de l’eau, nous petits poissons qui y avions passé notre vie sans nous rendre compte que la monnaie, telle l’eau pour les poissons, avait forgé notre conception du monde. Elle nous entourait, nous remplissait tant et si bien que nous n’étions plus capables de réaliser que nous en étions entourés et envahis.
ce n’est pas un hasard si Bernard se voyait comme un poisson volant, capable de s’extraire de cette architecture, pour en voir les contours, les vices, les défauts, les abus.

Lui qui avait passé sa vie à 5 rôles différents autour de la monnaie, il avait rassemblé cette expérience inouïe et inédite qui lui a permis de faire cette synthèse et ce travail de lanceur d’alerte. Il avait travaillé en 1971 au Pérou sur un système de change flottant avant que Nixon coupe le taux de change fixe avec l’or et avait donc 5 ans d’avance sur tout le monde. Il a été banquier central pour l’écu, trader pour un fond vert dans les années 90… La monnaie, la finance, il l’avait vu par un paquet d’angles.

Mes collaborations avec Bernard Lietaer

J’ai eu la chance de travailler avec lui, auprès de lui.

Notamment cette mission de relation presse pour Emmapom en 2011 où je l’ai accompagné toute une journée pour la sortie de son livre Au coeur de la monnaie aux éditions Yves Michel. Nous avions enchaîné RFI (partie 2 ), France Info & France culture avec Ruth Stegassy, pour finir avec l’équipe de Génération Tao. Il y avait eu Usbek & Rica qui avait fait un super dossier aussi, on était bien longtemps avant que Bitcoin ne fasse irruption dans le paysage médiatique.
Je l’avais accompagné toute la journée, écouté chaque mot, répéter la même histoire, ouvrir les consciences, repousser les murs, les barrières mentales pour expliquer, du haut de son histoire, de son expérience, de ses 30 ans de vie à travailler dans, et autour de la monnaie, que non, il n’y avait pas que les monnaies à taux d’intérêts positif et que non, il n’y avait pas que les Etats pour créer et gérer des monnaies. Lui comme d’autres, m’avait donné son feu vert pour porter son message, ce message, notre message, de prise de conscience du défaut systémique et structurel de notre système monétaire.

Bernard Lietaer était mon mentor, un mentor, un soutien pour mon Ted Wish après mon Tedx en 2012.
Je l’avais nommé et cité parmi mes maîtres sur la question monétaire avant de me lancer dans l’aventure Symba.

J’avais eu la chance d’être auditionné avec lui au CESE, c’était en janvier 2015, lors de leur saisine sur les monnaies complémentaires et monnaies libres (bitcoin & co), laquelle saisine qui fut un fiasco complet tellement les auditeurs n’avaient rien compris. C’était une de ces chances inouïes, de pouvoir passer après lui pour déposer délicatement mes arguments. Pour une fois, je n’avais pas à convaincre, à envoyer les grands arguments, il était passé avant moi.

C’était impressionnant de le voir ouvrir l’espace et de voir cette bande de sextagénaires, les seules femmes dans la pièce étaient les sténos, ne rien comprendre à ce que venait leur raconter cet homme. Il les prévenait des 4 moyens différents dont le système monétaire et financier allait re-péter à l’horizon 2020 en France :
– la dette publique et ses intérêts
– l’euro
– les 60 000 milliards de produits dérivés issus de la crise du subprime dont on ne connait toujours pas la qualité qui flottent dans le casino spéculatif
– le rôle de monnaie de réserve du dollar

Il leur laissait le choix de l’effondrement, mais aucun d’eux ne pouvaient entendre ce discours alarmant, et visionnaire, car cela ne rentrait pas dans leur paradigme, et ce ne fut que le CV de Bernard qui lui permit d’être là, à discuter d’égal à égal avec eux quand moi, j’aurai été sorti rapidement comme un dangereux altermondialiste.
C’est donc après avoir posé un exposé clair et un diagnostic digne du titanic que Lietaer déroulait les options pneumatiques des canots de sauvetage que représentaient les monnaies complémentaires à l’époque…

Le carré du pouvoir, Niall Ferguson

Enfin, et je ne l’avais jamais entendu nulle part ailleurs, Bernard leur a parlé dans cette audition du carré du pouvoir de Niall Ferguson : the Cash Nexus. Voilà ce qu’il a dit, je recopie ici largement son intervention. Ce sont ses mots, à l’oral, avec sa diapo, c’était en plein pendant la crise grecque, le bras de fer européen, on est le 28 janvier 2015, jour de l’élection de Syriza au pouvoir en Grèce, avant le climax de juillet 2015 et du référendum pour le non : OXI… Voilà ce que Bernard dit à l’époque :

« Le Carré du Pouvoir fait partie de l’oeuvre de Niall Ferguson, un historien écossais, professeur a Harvard et Oxford ( Niall Ferguson, The Cash Nexus: Money and Power in the Modern World, 1700-2000 (New York: Perseus Books, 2001), p. 25 ). Il a démontré qu’il y a à un peu plus de 300 ans, à la fin du 17ème siècle, à Londres, un petit groupe de génies financiers anglais a mis en route une machine à sous perpétuelle, une machine dont le but principal était d’institutionnaliser leurs intérêts. Ils ont créé quatre institutions qui s’emboitent de mani!re telle qu’ ensemble, cette machine ne puisse jamais être changée.

D’un côté de ce Carré du Pouvoir vous avez le gouvernement, et de l’autre le secteur financier. C’est le secteur financier qui a développé ce système avec comme but explicite le maintien d’un monopole monétaire en leur faveur.

Le carré du pouvoir de Niall Fergusson : les 4 institutions qui perpétuent et verrouillent le système de monopole monétaire actuel

le gouvernement

Qui contrôle ce monopole ? Comment le contrôle-t-on ? Du côté du gouvernement, vous avez d’abord le Parlement. La fonction financière du Parlement est de décider des budgets nationaux et comment les financer. A l’origine, les parlementaires étaient en effet tous des gens qui possédaient suffisamment de biens immobiliers pour être fiscalisés, pour payer des taxes. Ces gens faisaient donc partie d’un Parlement dont la fonction principale était de décider ce que le gouvernement pouvait taxer, de combien, et à quel usage. Au fur et à mesure que davantage de gens sont devenus taxables, on leur a donc donné aussi le droit de vote. La dernière vague dans ce processus a été les femmes. Quand elles sont devenues taxables a leur tour, le vote est devenu universel. En France, cela s’est passé en 1944.

La bureaucratie fiscale

La seconde institution du côté gouvernemental est la bureaucratie fiscale. Cette institution a été inventée en Angleterre au 18ieme siècle (en France, à l’époque, on utilisait encore le système de fermage). Le système anglais était  au moins deux fois plus efficace que le fermage parce que plus de la moitié des revenus collectés par les fermiers généraux étaient gardés pour eux-mêmes, tout simplement.

Du côté du secteur financier, il y a aussi deux institutions qui complète le « Carré »:

  • la dette publique, dont les règles de base ont invariablement été négociées entre les gouvernements et le secteur financier dans le contexte d’une guerre, et
  • la banque centrale, dont l’objectif est de garder le statu quo du paradigme monétaire, c’est-a-dire de garder inviolable le monopole monétaire.

Ce qui est intéressant dans cette approche, c’est que quand une de ces quatre institutions dévie du droit chemin, les trois autres auront tendance a la ramener à l’ordre. Il ne faut donc plus faire du lobbying permanent pour garantir vos intérêts, puisque vos intérêts ont été institutionnalisés.

Cette machine est encore toujours intacte aujourd’hui. Par exemple quand en Grèce la bureaucratie fiscale ne marchait plus correctement, les trois autres coins du Carré sont entrés en action pour remettre de l’ordre. Maintenant, depuis hier,et toujours dans cas Grec, vous allez voir une variation sur ce phénomène. Le Parlement grec est maintenant contrôlé par une majorité non-compatible avec le statu quo monétaire: vous allez voir les trois autres coins du Carré du Pouvoir entrer en action pour remettre l’ancienne mécanique en marche. Nous sommes donc tous prisonniers d’une énorme machine que personne ne doit contrôler, parce qu’elle fonctionne sur pilote automatique. « 

Fin de l’extrait de l’audition de Bernard Lietaer au CESE


[1] Niall Ferguson, The Cash Nexus: Money and Power in the Modern World, 1700-2000 (New York: Perseus Books, 2001), p. 25.



Rencontrer et côtoyer Bernard

J’avais eu l’occasion de le voir plusieurs fois en conférence, et de le lire, et de le retrouver dans le rapport sur les MLC demandé par Hamon & Duflot à l’époque où Jean Marc Ayrault ancien maire de Nantes voyait sa ville développer une monnaie de crédit inter-entreprises. Pauvre commission qui avait abouti sur une reconnaissance des monnaies complémentaires locales comme titre de paiement, qui ne reconnaissait pas du tout l’objectif, l’intention ou la raison d’être des monnaies. Coup de flip de la banque de france qui avait voulu légiférer pour réglementer par exemption d’agrément. Bref.

J’avais ré-expliqué en 2013 son travail, notamment tout le lien entre les archétypes intérieurs, féminin et masculin, et les monnaies complémentaires que nous utilisons. Bernard faisait le lien, régulièrement, inlassablement, entre la fin du patriarcat et la renaissance des monnaies complémentaires. Non pas comme une fin en soi, mais comme une diversité de systèmes monétaires, de systèmes de valeurs, qu’il n’y avait pas seulement cette monoculture privée de forces compétitives et conquérantes mais aussi ces systèmes de valeurs, locaux, petits, protégeant et qui avaient, entre autres, permis la construction des cathédrales…

Les livres de Bernard Lietaer

Il y avait d’abord son livre The future of money en 1998, prémonitoire, où il expliquait comme la monnaie et l’argent tel que nous le connaissions allait se casser la gueule.


En 2010 sort Monnaie régionale (329MonnaiesRegionales en pdf) où il écrivait avec Magrit Kennedy, que la taille idéale pour des monnaies pour résister aux crises qui venaient, c’était l’échelon régional, des bio-monnaies, adaptées aux régions, aux vallées, aux ensembles géographiques cohérents.
Ce livre était alors préfacé par Rocard :

« La crise financière qui s’est déchaînée sur le monde en 2008 est d’une échelle et d’une complexité sans précédent. La récession qui s’annonce promet d’être longue, dure, la plus difficile depuis les années 1930. À l’époque, nous avons assez mal géré la situation économique et ses retombées socio-politiques. Cela a entraîné une vague de fascisme couronnée par la Seconde Guerre mondiale. Il est impératif de faire mieux. »

Préface de Michel Rocard

A l’heure des Gilets Jaunes et du durcissement de Macron, toujours enlisés dans une crise économique sans précédent dont on ne voit pas le bout, ces mots de Rocard réveillent notre attention.

RIP Margrit Kennedy, collègue de Bernard Lietaer

Margrit Kennedy (décédée en 2013) avait fait un travail énorme avec Helmut Kreutz sur la part de l’intérêt monétaire dans chaque bien de consommation de notre quotidien. Le prix de l’intérêt sur le capital. C’est à dire, retrouver, dans le prix d’un appartement, d’une maison, du service local des déchets, dans le prix d’une bouteille d’eau, la part qui revient à la création monétaire par les banques privées. Faites comprendre ça à quiconque demain et vous avez une révolution.

38% pour une bouteille d’eau
15% pour les services ménagers
77% pour la location dans un logement public

Je retiendrai et recommanderai son petit livre Occupy Money :

Au coeur de la Monnaie, 2011

au coeur de la monnaie, bernard Lietaer

En 2011 donc, il y a eu Au Cœur de la Monnaie, aux éditions Yves Michel. Son titre anglais original était the mistery of money. C’est un livre archéologique qui plonge aussi bien dans l’histoire de l’humanité que dans les archétypes de notre inconscient collectif. Pour moi c’est l’œuvre la plus profonde qui fait le lien entre les monnaies complémentaires et le reste de ce qui est à l’œuvre dans nos sociétés : le ré-équilibrage des valeurs féminines & masculines.

Isis de l’Egypte ancienne, archétype féminin célébré et reconnu pour ses vertus

L’apéro presse se faisait en la présence de la princesse Constance de Polignac, dont la famille avait battu monnaie également jadis.

Je vous laisse redécouvrir ce livre grâce à l’article publié jadis par Maryvonne Piétri. Le mien est mort dans les entrailles du blog emmapom.


Rapport du club de Rome

En 2012 sort Money & Sustainability, un rapport du Club de Rome dont Bernard faisait partie. Une façon de prévenir les élites qu’on ne ferait rien sans changer la monnaie. Reotrouvez sa présentation youtube de juin 2012 :

Merci Bernard pour ton travail, ta transmission et ta connaissance.
Merci pour ta confiance et ta capacité à partager ta vision.

Longue vie à toi. Repose en paix.

Intro à la monnaie et aux monnaies complémentaires : les bonnes vidéos!

Voici 7 ans que je travaille au quotidien à comprendre la monnaie pour changer son mode de fonctionnement, et le notre au passage. Voici quelques vidéos que j’ai faite au fur et à mesure des années qui vous permettront de comprendre de quoi il en retourne! Bon visionnage :

Mon cheminement depuis 2007, c’était au TEDxLaDéfense sur le thème Humanisme et Profit en Juin 2012 :

Les 30 premières minutes je présente la monnaie depuis ses origines à nos jours, c’était à Strasbourg en janvier 2014 pour le lancement de la monnaie locale le Stück :

11 minutes au Wikistage à l’école Centrale en Mai 2014 pour parler du partage, du partage du pouvoir de création monétaire :

Monnaies fondantes, pour quoi faire?

Il y a plusieurs fonctions dans la monnaie : unité de compte, réserve de valeur et moyen d’échange. Ces fonctions sont parfois contraires… la réserve de valeur a attrait à ce qui relève de la propriété privée alors que le moyen d’échange est plus une fonction publique..

Donc si j’épargne et garde toute la monnaie chez moi pour le futur, je peux en priver les autres pour réaliser leurs échanges. C’est ce que l’on observe à l’échelle mondiale où l’argent est ultra concentré dans certaines zones et complètement absent à d’autres endroits.

Le capitalisme avec l’intérêt valorise la thésaurisation : le fait d’épargner et d’accumuler. 100 deviendront 104 à la fin de l’année.
La fonte (développée par Silvio Gesell) mais qui existait déjà au moyen âge (monnaie de Surestarie) et en Egypte ancienne permet de diminuer la valeur de la monnaie avec le temps (comme le font les biens naturels périssables) et donc d’encourager la circulation. Pour cela voir le très bon livre de Bernard Lietaer : Au coeur de la monnaie aux éditions Yves Michel. Pour voir la conférence entière, c’est juste en-dessous :

Au cœur de la monnaie – Bernard Lietaer from UNIVERSITE INTEGRALE on Vimeo.

 

La monnaie est un outil. En fonction des besoins et de ce que l’on veut créer : accumulation et/ou circulation on peut choisir l’un ou l’autre des paramètres. Bernard Lietaer parle de monnaies Yin et monnaies Yang en disant qu’il faut les deux, que ce sont des fonctions différentes et complémentaires.

La fonte est souvent mise en place dans les monnaies locales pour stimuler sa circulation (par opposition à l’euro qui encourage l’accumulation), cela contrebalance les effets et nous apprend à penser et nous comporter différemment. La richesse se créée en fonction de la vitesse de circulation de la monnaie. En permettant à la monnaie de circuler plus vite (via la fonte) on accroît donc les échanges.

Les échanges sont différents de la consommation. Un échange de savoir, de connaissance ne consomme pas de ressources naturelles et fait du bien à tout le monde!

Pour finir, je dirai qu’il faut faire attention aux limites que nous avons pu observer au niveau global : surconsommation, croissance à tout prix, et ce que nous essayons de développer à petite échelle dans des petits réseaux : créer des échanges.

Donc des échanges locaux et intelligents sont importants et ne sont pas forcément de la surconsommation. Après c’est comme l’énergie renouvelable, cela ne nous empêche pas de bien regarder ce que l’on consomme et pourquoi on le consomme 😉

En lien, l’interview (en espagnol) de la fille de Silvio Gesell qui a étudié son oeuvre

SONJA TOMYS en OCCIDENTE: TESTIMONIOS, VISIONES y UTOPÍA (entrevista completa) from bioecon tv on Vimeo.

Je serai sur BFM Business pour parler des monnaies complémentaires et virtuelles

J’aurai la chance d’être l’invité de Nathalie Croisé dans l’émission Paris d’avenir qui aura lieu en direct sur BFM Business ce mardi 24 de 21h à 22h.

Ce sera un plateau où je serai avec 3 autres invités, tous impliqués  dans le sujet des monnaies complémentaires et monnaies virtuelles :

Alain Philippe, Président de la Fondation Macif qui accompagne l’émergence des Accorderies en France

Jean-Pierre Morali, Directeur d’Ecosol, la coopérative qui accompagne le Sol Alpin

Stéphane Laborde du site Création Monétaire, auteur de la Théorie Relative de la Monnaie

 

 

L’émission est en direct et est diffusée simultanément en radio et télé (voici les fréquences : canal 24 de la TNT gratuite en Ile-de-France; canal 55 de Canal Sat ;  canal 95 de Numericable; canal 100 de Bouygues Telecom; canal 80 de Free/Alice; canal 149 d’Orange; canal 240 de SFR)

 

Plus d’infos sur Paris d’Avenir et pour retrouver le podcast quand il sera dispo : http://www.bfmbusiness.com/programmes-replay/emission/paris-d%E2%80%99avenir

Colloque international de recherche, des monnaies, des exemples

Je vais essayer de présenter au fur et à mesure du colloque international de recherche qui a lieu sur les monnaies complémentaires ici à Lyon de vous faire suivre les rencontres d’expériences locales qui existent.

Paolo, Argentin de Baia Blanca, vit au Vénézuéla.

Après avoir travaillé à Medellin en Colombie sur des systèmes d’échanges inspirés par les expériences de monnaies locales Argentine Paolo a été convoqué par le gouvernement de Chavez pour venir mettre en place des monnaies locales au Vénézuela.
Taille et échelle:

13 systèmes avec 12 monnaies différentes de 200 personnes en moyenne soit un groupe d’environ 2000 personnes au total. Un système s’est divisé en deux ayant atteint une trop grande échelle qui réduisait son fonctionnement.

Législation:

Reconnu et encouragé par Chavez depuis une loi de décembre.

Origine:

Repris et imité sur les expériences d’argentine. Supporté par le gouvernement pour développer l’économie locale. Développé en Colombie à Medellin et au Vénézuela.

Groupe d’utilisateurs: Que des individus ou des entreprises sociales, pas d’entreprises privées.

La notion de Prosumidor: Productor + Consumidor.
Les Prosumidor peuvent être des personnes ou des collectifs.

Fréquence des réunions:

5 réunions nationales annuelles des membres.
6ème rencontre cette année avec les enfants, les truequeritos y truequeritas

Support: Papier imprimé.

Améliorations implémentées des expériences Argentine: Pas de parité et le système n’est pas porté par une ONG ou un groupe de fondateur, il appartient à tous les membres.

Monnaies complémentaires, BD augmentée: La richesse est ailleurs

J’ai travaillé avec Owni et préparé la sortie d’une BD augmentée sur le sujet de la richesse et des monnaies complémentaires.

C’est un projet excitant qui nous a pris environ un mois pour présenter sous forme ludique et pédagogique, ce qui se passe au niveau de la création monétaire, comment sortir d’un côté passif pour devenir acteur d’un changement.

J’essaierai de faire un post plus détaillé plus tard, et si possible d’intégrer la BD ici.

Voici, par ailleurs le lien: http://app.owni.fr/bd-augmentee/

Un grand merci à l’équipe d’Owni: Julien, Sylvain, Claire, Romain, Nicolas, James, Logui et François notre dessinateur sans qui cette aventure n’aurait pas été possible.

Une version anglaise est au programme. Faites tourner!

Pourquoi il est difficile de voir les innovations monétaires émerger

Assez souvent, je me pose la question: avec toute la stupidité du modèle en place, pourquoi est-ce que cette idée de recréer et gérer son propre système monétaire n’a pas encore pris plus d’ampleur?

Individualité – confort

Nous avons bien appris à nous regarder et nous occuper de nous. Mon frigidaire, mon canapé, ma télé et mon boulot, le monde extérieur, je m’en claque. Nous avons trimé pour en arriver là, alors on va pas en plus se casser le cul à réfléchir à des solutions qui vont améliorer l’état de la planète.

Nous connaissons ces résistances, la fin d’une époque du self ego, de la consommation délirante et du matérialisme acharné. Le système financier est troué de partout, les banquiers nous enflent à chaque minute, le forex joue au casino, les intérêts sont l’équivalent de l’esclavage des noirs, mais nous continuons de tourner en rond dans notre manège quotidien. C’est insupportable, mais on s’en accommode très bien, il suffit de penser à autre chose et ça va, une pillule anti-stress de plus et on repart comme en 40. Nous sommes tellement maléable que nous arrivons à nous satisfaire et nous complaire dans une situation insupportable. Ca gratte un peu le soir quand on croise un mendiant, mais on finit par s’habituer à leur présence, à les masquer de notre vue et puis la vie continue. Nous nous sommes déshumanisés.

Alors pour que ça bouge, il faudra soit que notre petite sécurité soit sérieusement mise en danger pour avoir une insurrection des consciences, ce qui devrait arriver avec la saison 3 de la crise. Il faut que nous perdions tout notre malheur pour commencer à nous intéresser au bonheur. Il faut que ça devienne insupportable pour l’individu, qu’il soit vraiment touché et en danger dans son propre confort pour qu’il sorte de sa routine. Ca ne va pas encore assez mal..

En Argentine

Crise —– Chaos ——- Troc

pour cette crise espérons que nous arrivions à faire

Crise —– Monnaies complémentaires/libres sans passer par le chaos…

Seul je ne peux rien, allons y ensemble

Dans la monnaie, ce n’est pas une personne qui peut changer, c’est un groupe qui doit le faire, la monnaie étant le lien entre ces personnes. Si je change tout seul pour créer ma monnaie, ça ne sert à rien, il me faut convaincre d’autres utilisateurs d’y aller avec moi, que nous y allions ensemble.

Alors que dans certaines innovations, si je suis convaincu j’y vais et puis c’est tout, le logiciel libre par exemple, si une ligne de code ne me plaît pas, je fais la mienne et créée ma version, que je diffuse ensuite, mais qu’elle soit utilisée par d’autres ou non, elle me satisfait pour mon besoin précis et c’est déjà bien.

Les nouvelles formes de monnaies nécessitent un changement collectif, il faut y aller ensemble. Que la décision soit prise d’en haut pour un ensemble d’utilisateurs ou qu’elle soit choisie par un groupe pour le groupe, cela nécessite dans tous les cas un effet de masse. Et plus compliqué encore, plus nous serons nombreux à y aller plus le système sera stable, riche et constitué d’éléments différents qui permettront une plus grande fluidité. Donc on a tout bénef à y aller à plusieurs, mais le seul problème c’est qu’il faut passer par une phase de lancement un peu hasardeuse et visqueuse en terme de circulation des richesses. D’où les écueils, d’où la mauvaise publicité et les risques actuels.

Confiance

C’est donc un test de confiance qui s’effectue entre les membres, pouvons nous être assez solidaires et assez nombreux pour passer cette zone visqueuse et arriver à un moment où le système est vertueux pour tous? ou faut-il que nous passions d’abord par une rupture de la confiance complète avec le système traditionnel pour retrouver la confiance en nos cercles proches? en nos voisins et nos collaborateurs?

Bernard Lietaer disait « dans l’étude de 5000 ans de systèmes monétaires, je n’ai jamais vu un système naître avant que le précédent soit tombé en ruine » espérons que nous saurons sauter le pas cette fois-ci..

Storyus.fr & moi, le duo prend forme

Je vous l’avais dit, j’ai rencontré Dominique Nugues via ce blog, et puis tout est allé très vite. En 15 jours nous nous mettions d’accord sur ce que nous allions faire, comment  nous pouvions interagir et cocréer une émission qui parle des flux verticaux, historiques, religieux, de conscience et d’inconscient au travers des siècles, et puis les flux horizontaux, qui sont plus ma spécialité: énergie, environnement, économie etc..

Storyus de Dominique Nugues

Quelques mois après, storyus.fr naissait et nous avons réalisé deux enregistrements. Storyus est donc l’initiative de Dominique Nugues. Grâce à l’outil radio, il navigue à la recherche d’intervenants, d’informations pour partager et éclairer les problématiques modernes en liant la culture et l’esprit, le visible et l’invisible. Il est très actif au niveau local, en Normandie, acteur social et culturel, en lien avec les actions et les politiques qui s’agitent là-bas.

Nous avons fait un premier enregistrement sur la musique, l’histoire du support musical et la numérisation, comment tout ceci a évolué radicalement depuis la naissance du bit et du digital. Rareté et abondance, comment les deux mondes communiquent et ce que cela implique pour les business model qui s’effondrent aujourd’hui comme la presse, la musique etc.. Vous trouverez

Impact du numérique sur l’industrie de la musique

Vous verrez que Dominique travaille méticuleusement et sépare les parties, en enrichissant le contenu avec des introductions, et parfois des médias, de la vidéo, du texte, des liens pour approfondir la ballade.

De ces échanges est né un partenariat, qui nous lie dans un lien réciproque de confiance, nous nous aidons, moi à communiquer sur sa radio, son travail et à le mettre en lien avec les initiatives et les acteurs qui seraient susceptibles de l’intéresser, et lui diffuse mes travaux. Dominique diffuse sur radio bazarnaom, une web radio normande sympathique.

Les monnaies complémentaires

Récemment, Dominique me recontacte pour me faire parler des monnaies complémentaires. Il a l’intuition que c’est un sujet clé, mais il ne sait pas bien en parler ou ne se trouve pas légitime pour appuyer ses idées auprès du conseil régional avec qui il a rendez-vous. Il me demande si on peut enregistrer un échange, qu’il diffusera alors à ses intervenants. J’accepte avec grand plaisir, et c’est le début d’un échange de 45 minutes sur la monnaie, l’économie, les SELs, le SOL, les subprimes, l’optimisme qui m’habite et qui me donne confiance dans l’avenir. Nous balayons d’un sujet à l’autre en zoomant du global au très local, je me perds dans les chiffres exactes du ratio de Bale, les proportions de masse monétaire et autres chiffres que je connaissais autrefois par coeur, peu importe, l’esprit est là, la couleur est donnée. A écouter tête reposée! Vos commentaires et questions sont les bienvenus!!

Les monnaies complémentaires – Interview pour storyus.fr by zoupic

Storyus – zoupic, une histoire à suivre…