Tes amis sont mes amis, alors partageons! Open House wants to live!

 Mon rêve : partager un maximum de choses avec un maximum de gens : avoir accès à tout ce dont j’ai besoin

Si on me demandait aujourd’hui ce qui m’intéresse le plus : démonétiser et faire entrer dans l’économie du partage un maximum de chose. Alors l’avantage c’est que je ne suis pas seul à oeuvrer dans ce sens, par exemple, voici un projet que je porte en mon cœur depuis longtemps : Mus Open. Le but : lever de l’argent pour enregistrer en licence Creative Commons des disques de musique classique qui sont déjà libres de droit mais qui, puisqu’ils sont enregistrés par les Majors ne le sont pas dans les faits et donc télécharger un album. En finançant ce projet, vous libérez la musique pour tous, pour toujours.

Qu’est ce que je peux partager sans argent?

Je n’ai pas besoin d’argent, j’ai besoin des choses que l’argent peut acheter, mais si quelqu’un peut me le prêter, le partager avec moi ou m’en offrir l’accès, alors je peux largement diminuer mes besoins en argent. Voici donc la liste des bien matériels que je peux prêter ou dont je peux partager l’accès :

– mon appartement
– ma machine à laver
– ma guitare
– mes livres
– mes DVD
– mon écran 22″
– mon wifi

Partager ces biens ne me coûte rien, je ne souhaite donc pas de rétribution monétaire. Je souhaite juste que ce soit fait auprès de personnes de confiance : mes amis. Je sais que je peux partager avec mes amis sans soucis car ils respecteront ces affaires comme si c’était les leurs. En échange, je demande à ce qu’ils me donnent accès à ce qu’ils  peuvent partager avec moi.

J’ai besoin que vous me demandiez pour l’accès et les dates, pour qu’on s’arrange et qu’on s’organise. Si vous n’êtes pas encore mes amis, j’aimerai que vous me demandiez pour qu’on le devienne et je souhaite vous faire confiance pour partager avec vous.

J’ai également besoin que vous ne le partagiez pas qu’avec moi mais que vous invitiez vos amis à le faire. Pas tous, ceux qui sont sensibles à ce genre de démarche et qui sont prêts à jouer le jeu. En gros, ceux en qui vous avez confiance.

Vous définissez ce que vous pouvez partager, ce que vous avez envie, vous pouvez changer à tout moment, vous êtes libres.

Open House : faites comme chez vous /-)

L’intérêt : partager mon logement et les biens dont je ne me sers pas 100% du temps, avoir accès à d’autres endroits et d’autres biens qui pourraient me servir de temps en temps.

Un esprit : Ensemble on est plus riches, c’est l’esprit du partage! J’y contribue par mes valeurs, le respect que je mets dans chaque échange, prêt, accès et la confiance que je donne à mes amis.

3 Valeurs : Partage, Respect, Confiance

Partage : on est plus riches ensemble, plus je partage plus je suis riche.
Respect : je prends soin des affaires qu’on me prête, des espaces qu’on m’ouvre.
Confiance : je connais mes amis, je sais que je peux leur faire confiance.

Qu’est-ce qu’on compte, qu’est-ce qu’on ne compte pas?

> La quantité que vous partagez n’a pas d’importance, c’est l’esprit du Partage qui compte
> Le nombre d’amis que vous invitez n’a pas d’importance, c’est la qualité de votre Confiance en eux qui compte
> Le nombre de fois où vous jouissez des accès chez les autres n’a pas d’importance, c’est votre Respect à chaque fois qui compte

Des règles

> Il est interdit de monétiser quoi que ce soit, ce projet est à but non lucratif
> Chacun est libre de choisir ce qu’il souhaite partager ou non
> Celui qui ne partage plus rien n’a plus accès

La communauté co-optée et reliée :
Quand j’invite un ami je lui donne un peu de ma confiance. Je suis en partie garant de mes amis et je réfléchis à deux fois avant de les faire entrer dans l’Open House.

L’accès aux comptes se fait par l’email, coopté par 2 personnes au moins. 1 compte = 1 personne = 1 Numéro de téléphone = 1 ID

Au début je ne peux échanger qu’à un cercle de distance autour de moi. Passés quelques échanges, je peux emprunter à 1 cercle d’écart, puis deux. A chaque échange avec des cercles plus loin, je peux demander aux intermédiaires de me valider/recommander (comme sur viadeo) et alors ils m’ouvrent leur cercle d’amis.

Chaque partage est qualifié par une note de 0 ou 1 qui contribue à construire mon capital Confiance.
Chaque partage est qualifié par une note de 0 à 10 qui contribue à construire mon capital Respect.

Mon capital Confiance m’ouvre de nouveaux cercles et me donne accès à de nouveaux biens/lieux.
Mon capital Respect augmente mes chances d’échanger/de partager/d’avoir accès.

Quand une personne valide son Respect pour moi et sa Confiance pour moi, elle m’ouvre à son cercle d’amis. Son cercle d’ami verra que c’est elle qui m’a validé.

On peut jouir mais pas profiter.

Chacun reste souverain et responsable dans les échanges qu’il fait et les accès qu’il donne aux autres. Il ne s’agit pas ici de fuir ses responsabilités et de prêter tout ou n’importe quoi à n’importe ou d’accuser la plateforme. Chacun est grand et choisit, en conscience, s’il souhaite ouvrir sa maison ou non.

Bref, c’est quoi ce délire?

Pour l’instant, Open House ce sont des mots sur une page, un rêve, un projet. Un jour il prendra peut-être forme pour devenir réalité. Qu’en dites-vous? ça vous parle? ça vous tente? utopie? A vous de me dire!

Une économie de pollinisation, pour moi c’est..

J’étais et j’ai participé au Forum Ouvert de l’institut INSPIRE pendant 2 jours sur l’île de Porquerolles. Pour se chauffer avant l’événement, Emmanuel Delannoy nous a demandé de préparer un texte sur l’économie de pollinisation et chacun y a mis un peu de lui. Voici, 1 mois après, mon texte :

Nous sommes Vivants, nous sommes le Vivant

Le Vivant nous inspire, le Vivant est inspirant. Il faut dire qu’avec son ancienneté et sa grande capacité d’évolution, nous avons à apprendre de cette intelligence qu’est la Vie avec un grand V, la Nature avec un grand N dont notre Humanité avec un grand H nous rappelle que nous sommes partie intégrante de ce grand Tout.
Pour moi une économie de pollinisation est une économie dans laquelle nous nous complétons, chacun trouvant son don si spécial qu’il ou elle a à donner aux autres.

Plus on se rapproche de la nature et plus on observe un don et un partage illimités…
Nous les hommes avons inventés les chiffres pour compter et monétiser tout le vivant, mais qu’emmenons nous après notre mort ?
A contrario, que laissons-nous derrière nous ?
On dit que l’on est riche de ce que l’on donne…
On dit que l’on nous a fait don de la vie et que ce que nous offrons aux autres est notre cadeau en retour …
Et si nous comptions moins ce que nous donnons, et si nous donnions plus ce qui compte ?

Pour moi, une économie de pollinisation, c’est aussi un espace de coopération géant où les frontières sont inexistantes, où chacun peut aller et naviguer d’un espace à un autre afin de trouver la place où il se sent bien, avant de repartir ailleurs …

S’inspirer du vivant c’est aussi se baser sur la non-violence et la coopération inter-espèces : chacun existe grâce et avec les autres. Seuls nous ne sommes rien.

L’économie de pollinisation ?

Avec la fluidité d’Internet, la réduction des coûts, la tertiarisation de l’économie, le travail à distance et l’oppressante nécessité d’arrêter de nuire à notre environnement, il me semble que c’est l’option la plus intéressante et, à vrai dire, la seule, qui s’offre à nous afin de nous mettre en harmonie avec la grande symphonie de l’Evolution.

Quand l’Homme arrêtera-t-il de lutter contre le courant de ce qu’il Est et du Monde auquel il appartient ?

SEML, naissance d’une onde

Il y a près d’un an, fatigué de partager des tracks de musique électro sur les murs facebook de mes amis Vincent et Mathieu Ribault, je décide de créer un groupe, un endroit où chacun viendra apporter et puiser dans le pot collectif. Pour faire sourire et donner la couleur, je cherche un nom qui représente l’intention de départ. Ce sera un groupe où nous, amoureux de la musique électronique, partagerons les tracks les plus douces qui nous font vibrer : un groupe ouvert sur l’autre et sur la rencontre à travers la musique.

Sweet Music Electronic Lovers était né.

 

Logo voté par la communauté suite à un concours avec 20 logos proposés et plus de 100 votants. Crédits : Hugues Duplessy

 

Commencé à 3, puis 4, puis 5, chacun va progressivement inviter ses amis à rejoindre le groupe : la communauté prend alors forme. Un esprit unique et pourtant si simple : le partage des bonnes trouvailles et des petits délices, la joie de faire découvrir ou de retrouver des chansons qui nous chatouillent les oreilles, nous font onduler la colonne ou nous délient les jambes.

1 an plus tard, nous sommes plus de 700 à partager au quotidien ces petits cadeaux.

Ainsi, SEML existe pour nous permettre le partage et la découverte de ces pépites, et inviter à la rencontre de ces autres amoureux que nous côtoyons sur le groupe. Notre mission en tant que créateurs et administrateurs du groupe est de garder cet esprit et de fournir des supports pour que l’esprit fleurisse.

Le reste se fait tout naturellement.

Electronic Music Lovers : ok, mais Sweet c’est quoi ?

Puisque définir l’esprit de ce qui est Sweet et de ce qui ne l’est pas est très subjectif, voici un petit tour d’horizon réalisé par nos membres aguerris qui sauront vous faire déguster leur préparation. Bon voyage !
La playlist est à découvrir sur le blog du Phonographe.

Le groupe Facebook

Le groupe Facebook : http://www.facebook.com/groups/s.e.m.lovers/
Le Soundcloud avec les dernières mixtapes : http://soundcloud.com/s-e-m-lovers

Au-delà de l’aventure du groupe, c’est aussi une aventure sympa pour moi, de poser une gouvernance avec les amis avec qui j’ai créé le groupe, de trouver un modèle de transparence vis-à-vis de la communauté, de trouver une répartition des richesses qui rende à la communauté autant qu’elle nous donne et de vivre, appliqué à la musique électro, ce que je prône dans des univers différents. Expliquer aux différents acteurs que partager et dupliquer ne vide pas de la valeur, mais au contraire, renforce les liens.. expliquer aux DJs et aux fans que ce qu’ils font à de la valeur pour les néophytes, que nous avons besoin les uns des autres… bref une chouette aventure qui vit son bout de chemin.

Consommation ou partage collaboratif?

Suite à la lecture de l’article d’Hubert Guillaud sur Internetactu.net qui de façon plus large traite d’usage et de mésusages & suite à la lecture de Vincent Truffy sur son blog médiapart, j’ai voulu expliquer ce qui à mes yeux fait partie de la consommation collaborative, et des valeurs que je voyais naître grâce à ce mouvement.

J’ai été gêné du mélange général que j’ai pu voir entre les différentes formes de pratiques qui existent et les différences qu’elles ont. Ainsi voilà pour moi les deux améliorations, deux formes de valeur ajoutée, qu’apportent la Consommation Collaborative / Economie Collaborative que je mettrai dans cet ordre :

1) Une meilleure allocation des ressources

Elle permet de redonner du service à ce qui stagnait. Elle engendre une réflexion sur l’accès et l’usage plutôt que la possession. Elle met un stop à la société du toujours plus. Alors que nous avons appris collectivement en suivant le chouette modèle américain à avoir tout une gamme de possessions matérielles pour pouvoir exister et briller en société, nous comprenons aujourd’hui que cela n’est plus compatible avec les limites de la terre. Nous comprenons également que cela ne nous rend pas heureux durablement. Si cela apporte certes un confort agréable, cette quantité matérielle qui nous entoure n’est pas constitutive de notre bonheur.
D’un autre point de vue, on pourrait sûrement analyser que plus nous nous sommes recouverts de biens matériels, plus nous nous sommes éloignés de nos voisins et amis, séparés par la différence matérielle qui nous élevait à des rangs sociaux en compétition et nous empêchait d’entrer dans une relation basée et intéressée sur l’être, sur l’autre.

C’était l’ère de l’avoir. Nous sommes arrivés au bout de cette piste et aujourd’hui le jeu consiste à réfléchir aux meilleures allocations possible pour tous ces objets, motivés par trois raisons :

– La terre ne pourra pas supporter plus (et si on réfléchit, c’était bien débile d’en arriver là)

– Cela me coûte effectivement moins cher, et en temps de crise, c’est parfois simplement une obligation que de louer plutôt que d’être propriétaire.

– Le cool a changé.

Ces trois raisons répondent à l’équation de l’allocation des ressources. Elles ne répondent pas encore à ma recherche d’un bonheur durable et à une vraie rencontre de l’autre.

La naissance d’un nouveau mode de consommation

Cette nouvelle allocation des ressources a créé de nouvelles formes de business qui remettent du sens dans l’usage des biens. Ces business ont également été rendus possibles grâce à l’évolution technologique et à la possibilité de rencontrer des offres et des demandes d’inconnus à proximité, avec des indicateurs permettant de créer une confiance malgré la distance. (ebay, Deways, zilok, etc..) Cela existait déjà avec le minitel, mais Internet a rendu tout cela complètement évident.
Qu’elles soient top down & centralisée ou grass-root & décentralisée, ce sont les objets qui circulent autour des humains. Nous en partageons la jouissance. Quel que soit le propriétaire : l’état, une organisation privée, les particuliers, une communauté, ces outils/biens sont en partage moyennant un coût à l’accès. Ce sont des locations, un partage de l’usage et des coûts d’usage. L’autre particularité, c’est qu’elles demandent au particulier de mettre leurs objets et leurs propriétés en mouvement, et pas seulement un investissement centralisé pour lancer une flotte de départ dans le cas d’un loueur de voiture.

Avantage pour le consommateur : cela diminue les frais d’accès. Je peux louer une après-midi un appareil photo numérique de très haute qualité. Je peux avoir accès une voiture pour mon déménagement ponctuellement. Ce que je pouvais déjà faire avant en le demandant à mon réseau ou à des loueurs de voiture pour le cas de l’auto-partage, j’ai toute une offre commerciale aujourd’hui qui diversifie les options et les possibilités.

Avantage pour le prêteur : Il y en a deux : je suis heureux parce que mon objet sert à quelque chose/quelqu’un d’autre : j’en partage l’usage. Je suis également heureux car j’ai une contrepartie financière.

Résultat : le marché est plus fluide, mes options plus grandes. Et c’est au niveau précis de mon besoin que je vais trouver la forme correspondant le mieux pour répondre. Est-ce que je recherche une rencontre? un conseil auprès d’un professionnel? du simple matériel? une réduction tarifaire?
Nous comprenons également que la possession est désuète tant que je peux avoir accès aux services dont j’ai besoin. Ainsi, si vous êtes jeunes, entrepreneurs, regardez les marchés qu’il reste à ouvrir, qu’est-ce qui se partage et qui n’est pas encore monétisé? Des biens, des services, des expériences? Quel secteur n’a pas encore son concurrent dans la consommation collaborative? Il y a sûrement une opportunité d’un marché à déguster et de comportements à changer.

Petit bonus : j’appartiens à une communauté de gens qui pratiquent et croient en ce modèle.

 

2) Une rencontre et un partage

Cette part que j’ai et que je n’exploite pas, je vais pouvoir la partager et l’offrir à qui en a besoin. C’est la différence entre couchsurfing et Airbnb. Par ce biais je rencontre un autre être humain dans une rencontre non marchande où l’argent n’est pas une barrière : cela ne me coûte pas plus de partager quelque chose alors je l’offre. Mieux : j’ai envie de partager et d’offrir.

>> Elle crée des vraies histoires et un autre rapport à l’autre.

Je crois que c’est cette part du changement qui adresse la question plus en profondeur de s’ouvrir à l’autre, à l’être plutôt qu’à mes biens, celle qui remplit de façon plus entière. C’est la différence entre couchsurfing et airbnb : l’un est complètement non-marchand et non intéressé monétairement. Cela ne veut pas dire que c’est mieux ou qu’ils ont raison, c’est différent. Ils répondent à des besoins différents.

Charles Eisenstein disait dans sa vidéo The revolution is Love

« La consommation collaborative ne créée pas de connexions fortes, seulement la co-création permet cela ».

La deuxième partie, souvent caractérisée par le non marchand, mais je crois qu’elle existe aussi dans le marchand pour peu que les personnes qui échangent soient ouvertes à cette dimension, dépasse pour moi cette consommation collaborative, je ne suis plus consommateur, j’aime offrir et rencontrer l’autre dans un univers différent du marchand, nous nous rencontrons sur un autre plan, motivé par d’autres raisons.

En conclusion

– Le premier pas correspond à une forme de consommation collaborative où l’on optimise l’allocation des ressources en mutualisant les frais et dans lequel l’organisateur de cette nouvelle répartition prend une part. C’est l’évolution naturelle du business et une organisation logique et censée qui nous reconnecte les uns aux autres par le biais de nos usages.
– Le deuxième pas consiste à une rencontre entièrement dédiée à l’autre, rendre service.

Dans le premier cas je partage l’usage et je partage les frais. Dans le second cas je partage l’usage et j’offre les frais.

Pour finir je dirai que l’allocation des ressources n’est que le syndrome extérieur visible du phénomène de prise de conscience de la distance que nous avions mise entre nous et quelle que soit la forme qu’ils prennent, ces mouvements nous allègent matériellement, nous rapprochent et nous rendent plus heureux en surface comme en profondeur.

Paradigme du partage de la connaissance et de la propriété

Si quelqu’un aujourd’hui attaquait Wikipédia parce qu’il fait de la concurrence déloyale à son business, la communauté internationale serait prête à la défendre pour dire que ce qu’elle fait sert l’intérêt général.

Si quelqu’un aujourd’hui attaquait GNU/linux ou Firefox pour concurrence déloyale, là encore on pourrait sentir collectivement que ces logiciels avec leurs licences de logiciels libres servent l’intérêt général.

Pour que le Shift se fasse, et il se fera, nous avons besoin d’une masse significative de brevets en licences libres qui défendent l’intérêt général. Nous avons besoin que l’évidence du partage s’affirme contre la honte et le crime de garder des brevets de médicaments, des propriétés secrètes alors que certains sont en train de mourir. Nous avons besoin qu’une assemblée de gens qui ne se connaissent pas donnent les plans, les secrets, les recettes des produits que nous achetions jadis en payant des brevets incroyables dans une économie de rareté artificielle.

 

Quand quelques exemples nous auront montré que c’est possible, alors nous serons sortis de la société de la rareté, même pour le monde matériel.

 

Je vous assure que ce n’est pas si loin du tout…

 

L’intérêt général du partage et des licences libres dépassera l’intérêt individuel des brevets et propriétés privées.

Valeur et monétisation à l’ère du numérique

Après avoir lu le billet de Philippe Scoffoni sur le logiciel libre et le don je vois que nous n’avons pas fini de traiter de ce sujet.

Problématique moderne et transversale

Depuis la globalisation d’Internet, cette problématique devient de plus en plus prenante puisqu’elle chamboule l’ancien modèle mais aussi parce qu’elle nécessite des changements de comportements. La force de ce sujet est aussi qu’elle est transversale, dans la musique, dans le cinéma, dans la photographie, dans la littérature, dans la programmation, elle touche tous les domaines qui se sont fait numérisés ou qui peuvent l’être. Ainsi alors que chacun cherche dans son coin, par rapport à des publics cibles différents, dans le fond la question reste la même:

Comment partager ses œuvres avec un maximum de personnes tout en assurant une durabilité pour le créateur et en limitant au maximum la barrière à l’entrée?

Comment

Le pourquoi est assez simple à deviner, le comment n’est pas encore résolu, il s’agit de trouver une ou des méthodes concrètes qui marchent et ont été expérimentées.

partager ses œuvres

Nous sommes des animaux sociaux, nous vivons pour partager, diffuser et échanger, s’isoler est aujourd’hui devenu un non sens. L’individu au cœur de la civilisation cherche et développe sa créativité pour pouvoir en faire bénéficier l’Humanité tout entière.

avec un maximum de personnes

Dans le cadre du numérique, nous avons bien compris que le bit peut se copier, se déplacer et se diffuser à une vitesse toujours croissante pour un coût toujours plus faible. Cette équation augmente chaque jour, les disques durs, la bande passante et les processeurs ne cessent d’être améliorés, et parallèlement leurs coûts diminuent éternellement. Nous sommes bien à l’heure de l’abondance.

tout en assurant une durabilité pour le créateur

Sans parler uniquement de sécurité financière, il s’agit de trouver le feedback de retour suffisant pour permettre à l’individu d’être reconnu pour son travail et soutenu pour pouvoir continuer à le faire. Dans le changement d’ère que nous connaissons de plus en plus de personnes quittent le monde industriel et commercial pour vivre pleinement de leur passion, entrer dans le(s) domaine(s) d’activité qui leur permettent d’être complètement créateur et heureux. Ainsi il ne s’agit plus d’avoir un pied dans  l’entreprise et l’autre, la nuit tombée, dans le domaine qui le passionne mais bien de pouvoir être et vivre pleinement sa passion.

en limitant au maximum la barrière à l’entrée?

Étant données les propriétés du numérique, le coût marginal de l’œuvre qui tend vers zéro, l’objectif est de profiter de ce terrain favorable pour ne pas mettre de barrière à l’entrée. Si l’on souhaite partager avec le plus grand nombre alors chaque centime à l’accès réduit cette possibilité. Si idéalement je préfère l’absence de barrière à l’entrée: la gratuité, je formule plus doucement pour encourager la diminution du prix.

Des éléments clés

J’ai déjà donné des éléments ou exemples qui se font et qui marchent, alors je préfère énumérer quelques pistes de blocages qui en disparaissant faciliteront la résolution de notre problématique ou au moins permettront à un maximum de personnes d’être heureux de créer et d’utiliser leur potentiel pour vivre de leur passion en la partageant avec tous.

La peur

Dans cette transition, comme dans tout changement, il y a une grande peur de l’inconnu, de la remise en question, construire de nouveaux modèles, tester et avancer vers l’inconnu. Pour de nombreux pans de l’économie, cela correspond à une faille énorme dans leur business model, en fait, c’est même la fin de leur raison d’être. C’est certes l’évolution et c’est une excellente chose lorsqu’on libère les moines copistes pour utiliser les premières machines à imprimer, vu d’ici, mais aujourd’hui ceux qui voient leur raison d’être en danger sont pétrifiés par l’idée qu’ils doivent se recycler, évoluer ou disparaître.

Ils freinent donc à fond et sont les premiers détraqueurs de cette problématique moderne, ils luttent contre et feront ainsi jusqu’à leur dernier souffle. C’est à la fois compréhensible et triste. Paradoxalement, ils se sentent touchés et intéressés lorsqu’il s’agit d’un des domaines connexes à leur profession où leur métier n’est pas en danger, mais si l’on parle de leur domaine alors la menace refait surface.

L’autre aspect dangereux guidé par la peur est qu’étant en place dans l’ère industriel, ils ont encore des moyens de pression pour entraîner avec eux des lobbys et des lois pour favoriser leur situation et retarder la sentence.

La peur c’est aussi celle de nous imaginer tous capables de créer et d’être utiles à la société. C’est une image en laquelle beaucoup de nous ne veulent pas croire aujourd’hui, et

Des solutions à portée de main: les Creative Commons, le Logiciel libre

La rareté

Depuis de nombreux siècles l’Homme a grandit en conquérant des territoires, des ressources et en maintenant tout ce dont il s’est emparé sous son contrôle. Comme le disait Adam Smith l’économie est la gestion des ressources rares, il conseillait à l’époque si vous vouliez du pouvoir, de ne pas essayer de vendre de l’eau car c’était encore une ressource abondante. La rareté fait le prix, la rareté entraîne l’argent et la frustration, le désir et la luxure, et permet de contrôler beaucoup de choses. Beaucoup de nos réflexes économiques sont par définition basés sur la création, le développement et la gestion de la rareté.

Ayant grandis dans cette dynamique, nous sommes façonnés mentalement comme des animaux, à croire que tout est rare et qu’il faut se battre pour avoir accès, ou pour contrôler l’accès (pétrole?), comme si notre survie dans le quotidien ou sur le marché en dépendait. C’est donc en chacun de nous et dans les gènes de notre société qu’il faut trouver les ressources pour évoluer, grandir, développer la conscience et ouvrir les yeux et le coeur pour constater que nous n’avons plus de bonnes raisons pour nous taper dessus ou garder des secrets.

A un niveau plus simple et concret, « je ne vais pas faire de don car l’argent est rare et je ne vois pas pourquoi je le ferai alors que l’accès est gratuit. Je préfère laisser les autres payer. Je vais profiter de la gratuité tant que ça le sera ».

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La conscience

Finalement, que ce soit la peur ou la rareté il s’agit d’un saut d’évolution de conscience, comme une reprogrammation de notre code, de notre façon de penser, d’agir et de vivre ensemble. Le temps est une des ressources clés pour voir à quelle vitesse se feront ces changements, la crise aidant, les fissures vont devenir des brèches qui finiront par éclater. Je ne vois pas de marche arrière possible, plus nous allons vers un raidissement et une pénurie, plus nous avançons à reculons, plus l’urgence et l’envie d’une autre civilisation fera sens. Elle ne fera pas juste sens, elle deviendra évidence.

La guerre contre le partage doit cesser, nous dit Richard Stallman

Trouvé sur le site de framablog, originellement posté sur son blog perso, publié sous licence CC 3.0, je reproduis donc ici intégralement le texte.

Richard Stallman - GNU Crédit photo: Tiago Tavares
Richard Stallman - GNU - Free Software Foundation

Ending the War on Sharing

Richard Stallman – Septembre 2009 – Site personnel
(Traduction Framalang : Claude et Goofy)

Quand les maisons de disques font toute une histoire autour du danger du « piratage », elles ne parlent pas d’attaques violentes de navires. Elles se plaignent du partage de copies de musique, une activité à laquelle participent des millions de personnes dans un esprit de coopération. Le terme « piratage » est utilisé par les maisons de disques pour diaboliser le partage et la coopération en les comparant à un enlèvement,un meurtre ou un vol.

Le copyright (NdT : Pour des questions de non correspondance juridique nous avons choisi de ne pas traduire copyright par droit d’auteur) a été mis en place lorsque la presse imprimée a fait de la copie un produit de masse, le plus souvent à des fins commerciales. Le copyright était acceptable dans ce contexte technologique car il servait à réguler la production industrielle, ne restreignant pas les lecteurs ou (plus tard) les auditeurs de musique.

Dans les années 1890, les maisons de disques commencèrent à vendre des enregistrements musicaux produits en série. Ceux-ci facilitèrent le plaisir de la musique et ne furent pas un obstacle à son écoute. Le copyright sur ces enregistrements était en général peu sujet à controverse dans la mesure où il ne restreignait que les maisons de disques mais pas les auditeurs.

La technique numérique d’aujourd’hui permet à chacun de faire et partager des copies. Les maisons de disques cherchent maintenant à utiliser les lois sur le copyright pour nous refuser l’utilisation de cette avancée technologique. La loi, acceptable quand elle ne restreignait que les éditeurs, est maintenant une injustice car elle interdit la coopération entre citoyens.

Empêcher les gens de partager s’oppose à la nature humaine, aussi la propagande orwellienne du « partager, c’est voler » tombe-t-elle généralement dans l’oreille de sourds. Il semble que le seule manière d’empêcher les gens de partager soit une guerre rude contre le partage. Ainsi, les maisons de disques, au moyen de leurs armes légales comme la RIAA (NdT : RIAA : Recording Industry Association of America), poursuivent en justice des adolescents, leur demandant des centaines de milliers de dollars, pour avoir partagé. Au même moment, des coalitions d’entreprises, en vue de restreindre l’accès du public à la technologie, ont développé des systèmes de Gestion de Droits Numériques (NdT : Systèmes anti-copie ou DRM : Digital Restrictions Management) pensés pour menotter les utilisateurs et rendre les copies impossibles : les exemples incluent iTunes ou encore les disques DVD et Blueray (voir DefectiveByDesign.org pour plus d’informations). Quoique ces coalitions opèrent dans le cadre des clauses de non-concurrence, les gouvernements oublient systématiquement de les poursuivre légalement.

Le partage continue malgré ces mesures, l’être humain ayant un très fort désir de partage. En conséquence, les maisons de disques et autres éditeurs demandent des mesures toujours plus dures pour châtier les partageurs. Ainsi les États-Unis ont voté une loi en octobre 2008 afin de saisir les ordinateurs utilisés pour le partage interdit. L’union Européenne envisage une directive afin de couper l’accès à Internet aux personnes accusées (pas condamnées) de partage : voir laquadrature.net si vous souhaitez aider et vous opposer à cela. La Nouvelle-Zélande a déjà adopté une telle loi en 2008.

Au cours d’une récente conférence, j’ai entendu une proposition demandant que les gens prouvent leur identité afin d’accéder à Internet : une telle surveillance aiderait aussi à écraser la dissidence et la démocratie. La Chine a annoncé une telle politique pour les cybercafés : l’Europe lui emboitera-t-elle le pas ? Un premier ministre au Royaume-Uni a proposé d’emprisonner dix ans les personnes en cas de partage. Ce n’est toujours pas appliqué… pour le moment. Pendant ce temps, au Mexique, les enfants sont invités à dénoncer leurs propres parents, dans le meilleur style soviétique, pour des copies non-autorisées. Il semble qu’il n’y ait pas de limite à la cruauté proposée par l’industrie du copyright dans sa guerre au partage.

Le principal argument des maisons de disques, en vue de l’interdiction du partage, est que cela cause des pertes d’emplois. Cette assertion se révèle n’être que pure hypothèse[2]. Et même en admettant qu’elle soit vraie, cela ne justifierait pas la guerre au partage. Devrions-nous empêcher les gens de nettoyer leurs maisons pour éviter la perte d’emplois de concierges ? Empêcher les gens de cuisiner ou empêcher le partage de recettes afin d’éviter des pertes d’emplois dans la restauration ? De tels arguments sont absurdes parce que le remède est radicalement plus nocif que la maladie.

Les maisons de disques prétendent aussi que le partage de musique ôte de l’argent aux musiciens. Voilà une sorte de demi-vérité pire qu’un mensonge : on n’y trouve même pas une vraie moitié de vérité.
Car même en admettant leur supposition que vous auriez acheté sinon un exemplaire de la même musique (généralement faux, mais parfois vrai), c’est seulement si les musiciens sont des célébrités établies depuis longtemps qu’ils gagneront de l’argent suite à votre achat. Les maisons de disques intimident les musiciens, au début de leur carrière, par des contrats abusifs les liant pour cinq ou sept albums. Il est rarissime qu’un enregistrement, sous incidence de ces contrats, vende suffisamment d’exemplaires pour rapporter un centime à son auteur. Pour plus de détails, suivez ce lien. Abstraction faite des célébrités bien établies, le partage ne fait que réduire le revenu que les industriels du disque vont dépenser en procès intentés aux amateurs de musique.

Quant aux quelques musiciens qui ne sont pas exploités par leurs contrats, les célébrités bien assises, ce n’est pas un problème particulier pour la société ou la musique si elles deviennent un peu moins riches. Il n’y a aucune justification à la guerre au partage. Nous, le public, devrions y mettre un terme.

Certains prétendent que les maisons de disques ne réussiront jamais à empêcher les gens de partager, que cela est tout simplement impossible[3]. Etant données les forces asymétriques des lobbyistes des maisons de disques et des amateurs de musique, je me méfie des prédictions sur l’issue de cette guerre ; en tout cas, c’est folie de sous-estimer l’ennemi. Nous devons supposer que chaque camp peut gagner et que le dénouement dépend de nous.

De plus, même si les maisons de disques ne réussiront jamais à étouffer la coopération humaine, elles causent déjà aujourd’hui énormément de dégâts, juste en s’y essayant, avec l’intention d’en générer davantage demain. Plutôt que de les laisser continuer cette guerre au partage jusqu’à ce qu’ils admettent sa futilité, nous devons les arrêter aussi vite que possible. Nous devons légaliser le partage.

Certains disent que la société en réseau n’a plus besoin de maisons de disques. Je n’adhère pas à cette position. Je ne paierai jamais pour un téléchargement de musique tant que je ne pourrais pas le faire anonymement, je veux donc être capable d’acheter des CDs anonymement dans une boutique. Je ne souhaite pas la disparition des maisons de disques en général, mais je n’abandonnerai pas ma liberté pour qu’elles puissent continuer.

Le but du copyright (sur des enregistrements musicaux ou toute autre chose) est simple : encourager l’écriture et l’art. C’est un but séduisant mais il y a des limites à sa justification. Empêcher les gens de pratiquer le partage sans but commercial, c’est tout simplement abusif. Si nous voulons promouvoir la musique à l’âge des réseaux informatiques, nous devons choisir des méthodes correspondant à ce que nous voulons faire avec la musique, et ceci comprend le partage.

Voici quelques suggestions à propos de ce que nous pourrions faire :

  • Les fans d’un certain style de musique pourraient organiser des fans clubs qui aideraient les gens aimant cette musique.
  • Nous pourrions augmenter les fonds des programmes gouvernementaux existants qui subventionnent les concerts et autres représentations publiques.
  • Les artistes pourraient financer leurs projets artistiques coûteux par des souscriptions, les fonds devant être remboursés si rien n’est fait.
  • De nombreux musiciens obtiennent plus d’argent des produits dérivés que des enregistrements. S’ils adoptent cette voie, ils n’ont aucune raison de restreindre la copie, bien au contraire.
  • Nous pourrions soutenir les artistes musiciens par des fonds publics distribués directement en fonction de la racine cubique de leur popularité. Utiliser la racine cubique signifie que, si la célébrité A est 1000 fois plus populaire que l’artiste chevronné B, A touchera 10 fois plus que B. Cette manière de partager l’argent est une façon efficace de promouvoir une grande diversité de musique.
    La loi devrait s’assurer que les labels de disques ne pourront pas confisquer ces sommes à l’artiste, l’expérience montrant qu’elles vont essayer de le faire. Parler de « compensation » des « détenteurs de droits » est une manière voilée de proposer de donner l’essentiel de l’argent aux maisons de disques, au nom des artistes.
    Ces fonds pourraient venir du budget général, ou d’une taxe spéciale sur quelque chose liée plus ou moins directement à l’écoute de musique, telle que disques vierges ou connexion internet.
  • Soutenir l’artiste par des paiements volontaires. Cela fonctionne déjà plutôt bien pour quelques artistes tels que Radiohead, Nine Inch nail (NdT : Voir cette vidéo) ou Jane Siberry (sheeba.ca), même en utilisant des systèmes peu pratiques qui obligent l’acheteur à avoir une carte de crédit.
    Si chaque amateur de musique pouvait payer avec une monnaie numérique (NdT : digital cash), si chaque lecteur de musique comportait un bouton sur lequel appuyer pour envoyer un euro à l’artiste qui a créé le morceau que vous écoutez, ne le pousseriez-vous pas occasionnellement, peut-être une fois par semaine ? Seuls les pauvres et les vrais radins refuseraient.

Vous avez peut-être d’autres bonnes idées. Soutenons les musiciens et légalisons le partage.

Copyright 2009 Richard Stallman
Cet article est sous licence Creative Commons Attribution Noderivs version 3.0

Notes

[1] Crédit photo : Wikimania2009 (Creative Commons By)

[2] Voir cet article, mais attention à son utilisation du terme de propagande « propriété intellectuelle », qui entretient la confusion en mettant dans le même panier des lois sans rapport. Voir ce lien et pourquoi il n’est jamais bon d’utiliser ce terme.

[3] Voir the-future-of-copyright.