Le pouvoir de création monétaire : la capacité de donner Vie

« Rien ne se créée, rien ne se perd, tout se transforme »  Antoine Lavoisier

Si Lavoisier dit juste, rien ne se crée, alors nous ne créons pas de monnaie, nous la transformons.

Que transformons nous donc ? Quoi en quoi ?
Nous donnons du crédit à un projet, à un futur possible, littéralement nous le créditons. Nous lui donnons notre crédit.

Crédit vient du latin credere, croire. Quand nous réalisons une création monétaire, un crédit, nous croyons au projet. Notre croyance, notre confiance dans le fait qu’il nous emmène vers ce futur commun, confiance que le projet apportera de la richesse : à la communauté, à l’individu, au monde, nous lui donnons cette confiance qu’il pourra rembourser son émission, qu’il satisfera le risque pris et honorera la confiance qui lui a été donnée.  Que le porteur remboursera sa dette ou apportera une valeur pour tous.

Nous donnons vie, nous donnons confiance à un possible futur commun, nous lui donnons sa chance. Nous ne faisons pas juste que le dire : « j’aime bien ton projet et je le crédite de mon attention ou de mon amour », nous l’actons dans les faits : nous diluons un peu de notre pouvoir collectif commun pour lui faire une place dans ce monde et lui donner de la valeur ; valoriser une proposition de futur commun. C’est un événement de haute importance. C’est le moment où nous faisons passer un projet de l’état de projet à l’état d’embryon, nous lui donnons vie.
Celui qui créée la monnaie et les critères de décisions utilisés pour la création de la nouvelle monnaie décide de la direction de notre futur commun et quel projet, quel futur commun a le droit de naître ou non.

Monnaies « virtuelles », quelques exemples

J’ai la fine impression de ne pas avoir posté depuis un siècle…

Je passe lundi 30 mai à 22h sur Nova dans le cadre de la nuit Sujet avec Owni et voulait faire un très bref post avec les projets de monnaies en ligne, virtuelles ou décentralisées dont on peut entendre parler ces derniers temps. En 2 mots, les aspects qui m’intéressent: la gestion de la création monétaire et l’intention qui les porte. En conclusion: ce que l’étape de leur apparition indique sur le chemin sur lequel nous avançons.

Superfluid inspiré par Douglas Rushkoff utilise les Quids/pints

 

How superfluid works from Nathan Solomon on Vimeo.

Ici, on collabore à des projets en apportant des compétences,  on est remerciés en quids ou pints. On peut aussi en recevoir quelques uns supplémentaires si on est un membre actif et que le mois a généré de larges échanges. La quantité totale par utilisateur est limitée. J’aime bien, remplit sa fonction.

Bitcoin

Lien youtube sur la petite vidéo de présentation

Accrochez vous, ça va vite et on n’a pas vraiment le temps de comprendre l’essence.

En deux mots: L’intention est très P2P décentralisé et très geek oriented, une alternative. Permettre d’échanger sans passer par une autorité centrale qui fixe les règles. Ici les règles sont définies dans le code. Je ne suis pas persuadé que bitcoin soit la monnaie idéale dont nous avons besoin, mais c’est sûrement le premier tsunami pour ouvrir la voir des monnaies décentralisées à grande échelle et si l’effet est positif, d’autres créeront des codes avec une grande réflexion sur ce qui est souhaitable pour tous les utilisateurs participant… dividende universel anyone?

La masse monétaire augmente via les logiciels de chaque utilisateur qui processent, et ce faisant génèrent de nouveaux « bitcoin » dans une mesure limitée et contrôlée par le code. Une petite taxe peut être prise sur la transaction pour financer le processing. Sans avoir trop fouillé les docs, j’ai pas trouvé l’info précise de combien pour l’instant et de si ça va bouger.

 

Ripple

Le dernier dont j’avais entendu parlé il y a un moment déjà, c’est Ripple.

Puisque les billets, les pièces, la monnaie sont des IOU, c’est à dire I owe you, c’est à dire « je te dois » ou encore « je te promets de te payer tant tel jour », soit une promesse sur le futur de réaliser un paiement, Ripple joue sur le fait que nous pouvons créer des IOU basés sur le capital social. Puisque dans l’économie traditionnelle, l’Etat peut être endetté parce que c’est un etat, pourquoi ne pas faire des promesses de paiements entre humains qui se font confiance. Plutôt que de passer par une lourde bureaucratie bancaire avec toutes ses taxes pour les services, simplifier et raccourcir les intermédiaires pour échanger de personnes à personnes ici encore, et ce sur la base de la confiance.

Quand on sait que l’argent ne repose effectivement que sur la confiance, ici au moins, on ne se raconte pas trop d’histoires.

 

En conclusion

Ces 3 exemples montrent la simplicité et la multiplicité des voies pour créer des monnaies numériques/virtuelles ou appelez les comme vous voulez. Au niveau de la technique et de l’effet boule de neige, nous réalisons que non seulement ça existe, que c’est réalisable et que ça peut prendre très vite.

La question essentielle de: à quoi sert-elle, ou plutôt: quel projet de société peut-on espérer avec un tel modèle se pose et continuera de se poser, mais elles ouvrent la voie et nous entraînent à penser qu’il n’y a pas que l’Etat et/ou les banques qui créent la monnaie et que c’est non seulement possible mais conseillé de réfléchir profondément aux règles qu’ont ces monnaies et à qui les créée. Ces initiatives permettent définitivement et de façon irréversible de montrer que « oui ça existe ».

Je souhaite vraiment conclure sur: Une fois qu’on a compris que nous pouvons créer des monnaies, techniquement qui peuvent se diffuser et être utilisées à grande échelle, quelles sont les valeurs que nous portons? Dans quel monde souhaitons nous vivre? Comment souhaitons nous faire société? De ce projet commun naîtront les règles monétaires de solidarité, les conditions de création et de répartition monétaire et la définition des indicateurs de ce que nous souhaitons valoriser.

Voilà les questions et le projet politique du vivre ensemble à écrire…. ensemble!

 

 

The american dream

Ce dessin animé qui dure 30 minutes résume très bien ce que j’ai commencé à décrypter depuis 2007 sur mon ancien blog et que je poursuis maintenant sur celui là. Même si je me concentre plutôt maintenant sur les solutions et la création du futur, une petite piqure de rappel et de compréhension sur les différents points essentiels peuvent toujours faire du bien. Vous noterez que de façon générale, c’est très appliqué aux Etats-Unis, mais à peu de choses près, ça s’applique aussi pour l’Europe et les autres continents.

Celui qui contrôle le pouvoir de création monétaire d’une nation, contrôle la nation. (en 2 mots)

1) ce qu’est la monnaie
2) qui créée la monnaie
3) comment ont évolué la création monétaire et le développement de la dette et de la consommation à crédit des US
4) le petit rappel de l’origine de la création de la FED et des quelques familles que l’on retrouve successivement dans les différentes guerres, d’un côté et de l’autre.

La relation entre la masse monétaire et les richesses

En écoutant le Mp3 sur le revenu de vie présenté par Thierry Crouzet et rassemblant Phyrezo, Stéphane Laborde, Olivier Auber, Florence Meichel et Philipe Scoffoni, je ne peux m’empêcher de faire un billet spécial sur ce que je perçois. On attaque ici le coeur du problème, et toute personne qui voudra se lancer dans la création d’une monnaie devra avoir conscience de ce rapport fondamental qu’il y a entre la masse monétaire et les richesses, et donc du pouvoir de la création de monnaie.

Gardez la comparaison en tête du rêve et de la réalité. La réalité ce sont les richesses: la terre et ses ressources, le rêve c’est la masse monétaire: les billets, les chiffres de vos comptes en banque. Il faut garder un lien entre la richesse et la mesure de cette richesse. Il faut qu’il y ait une confiance que le rêve représente bien la réalité. Quand nous parlons de crises financières et de bulles, c’est qu’on a perdu le sens de la réalité, que nous sommes repartis dans le rêve, on bulle. Et puis un jour la réalité resurgit. La bulle est de la taille de notre rêve: la différence entre ce qu’est la réalité et ce que nous avons voulu voir. En général tout le monde se plaît bien dans le rêve, mais le retour à la réalité est souvent beaucoup moins drôle. Donc il est important de garder une corrélation entre le rêve et la réalité, avoir confiance.

La monnaie, outil de mesure

La monnaie est un outil de mesure, comme le mètre, comme le kilo, comme la brouette. Elle permet à 2 individus qui ont des richesses diverses d’étalonner et de mesurer des tomates et des carottes. On estime la valeur des tomates avec l’outil de mesure. D’un autre côté on estime la valeur des carottes avec l’outil de mesure. L’outil de mesure permet de faire la passerelle entre les deux. On convertit. C’est un étalon.

Dans le troc: j’échange 1 kilo de tomate contre 1 kilo de carotte. Avec la naissance de la monnaie, j’ai confiance dans l’étalon de mesure et dans le fait que je pourrai l’utiliser plus tard pour l’échanger contre autre chose, c’est une sorte de « bon pour ». Donc un client arrive au premier magasin et échange 1 euro contre 1 kilo de tomate. Le soir, le marchand de tomate utilise l’euro reçu pour aller acheter 1 kilo de carotte. On nous répétait en physique et en math de bien mettre les unités car on ne mélangeait pas les tomates et les carottes, il se trouve que c’est justement ce que permet la monnaie: mélanger tout, mesurer tout sur un étalon commun, une unité universelle. Pour les unités de mesure de masse ou de taille on a déjà du mal à se mettre tous d’accord, pour l’énergie on doit bien avoir 10 unités différentes (joules, calories, newton, degrés, etc..) alors comment vous voulez que pour la valeur, chose absolument subjective, on arrive à trouver un accord universel? Il s’agit ici d’accepter que nous ayons des outils de mesures différents. Par contre lorsque nous voulons échanger, nous nous accordons à l’unisson pour trouver un système qui convienne aux deux parties. Comme si vous mettez en relation un grec et un russe, ils utiliseront sûrement l’anglais pour échanger, euh.. dialoguer pardon. Un outil de mesure que l’on puisse convertir selon les pays, les normes, les usages et les endroits. Universellement convertible.

La monnaie, outil de mesure

La monnaie, réserve de valeur

Quand nous commençons à utiliser la monnaie comme outil de mesure, et que nous pouvons l’échanger contre des biens réels, alors la monnaie devient une réserve de valeur temporelle. Entre le moment où je vends les carottes et je reçois le billet, ce billet a une équivalence de valeur des carottes ou des tomates ou autre chose. Ce n’est pas les carottes, mais ça équivaut aux carottes. Ça vaut les carottes, mais ça n ‘est pas les carottes. Cette monnaie ne marche que dans un système où tout le monde l’accepte et la reconnait comme valeur. C’est donc un accord collectif de reconnaître et de donner à la monnaie une valeur équivalente aux biens. Si un soir tous les magasins sont fermés et que vous mourrez de faim, vous serez bien emmerdés d’avoir 10€ mais aucun marchand de carottes à portée de main. Comme une énergie potentielle attend pour être transformée: le rocher en haut de la montagne n’attend qu’une pichenette pour être transformé en énergie cinétique, le billet sans marchand de carotte est une énergie latente, qui attend la pichenette pour être transformée dans le mouvement de l’échange.

Dans le troc l’échange est simultané, pas de piège de temporalité. Dans le crédit mutuel ou le SEL, il y a un décalage entre le moment où j’échange et je reçois quelque chose, la confiance repose dans l’autre. Dans la monnaie, la valeur repose dans l’accord collectif de ce système comme béquille. La monnaie est donc l’outil le plus performant, mais aussi le plus complexe.

Quelque soit le choix pour symboliser l’échange, de la complexité pour la décaler dans le temps apparaissent obligatoirement la confiance et le risque.

« je t’achète tes carottes pour un euro »

Comment avoir confiance?

La création monétaire permet d’anticiper sur la création de richesse et de rassembler les énergies pour les redistribuer du collectif vers le collectif.

Investir, c’est mobiliser les forces pour construire quelque chose qui augmentera la richesse demain.

C’est un pari sur l’avenir. Quand l’Etat créait de la monnaie pour soutenir un projet d’autoroute, ou une bibliothèque, il augmentait la masse monétaire, pour créer une somme qu’il investissait. Cette somme était utilisée pour acheter le terrain, payer les travaux, la construction, les salaires des hommes qui construisaient ces nouveaux murs, le mobilier qui occupait le bâtiment, les installations électriques et techniques pour qu’il fusse opérationnel. A l’ouverture de la bibliothèque, la richesse globale était augmentée pour tous. Un service en plus.

L’investissement a permis à l’économie du bâtiment, de l’installation de faire fonctionner leur savoir faire et de rémunérer des salariés, de payer pour des ressources. Les salariés dépenseront leurs salaires dans l’économie ce qui augmentera les activités collectives autour des salariés ou des entreprises choisies.

C’est donc un double effet: 1) collectif, un nouveau bien commun, pour tous, en service. 2) un boost pour stimuler et faire fonctionner l’économie

Super alors, quel est le risque?

Comme d’habitude, tout est rapport entre besoin et demande. Si la bibliothèque n’est pas utilisée, alors cette richesse collective n’est pas avérée. Si je créée 10 bibliothèques alors que les besoins n’existent pas, la richesse perd sa valeur.

Concentrer l’énergie en un point qui bénéficie à tous

Quand on créée de la monnaie, on utilise le pouvoir pour concentrer l’énergie à une zone précise. Les alentours irrigués de cette zone en bénéficieront, les parties qui en sont séparées non. Créer de l’argent augmente la masse monétaire donc baisse le pouvoir monétaire de chaque individu. Créer de l’argent, c’est diluer la valeur du billet.

Il est donc capital, j’adore utiliser ce mot, que les choix d’investissements collectifs se fassent au niveau le plus local possible, en fonction des besoins locaux. Exemple: avec une communauté d’un village, nous décidons collectivement de rassembler nos énergies (ou diluer notre argent, ça revient au même) pour construire une école pour nos enfants. Nous villageois diminuons notre pouvoir d’achat (augmentation de la masse monétaire) pour concentrer notre énergie à un point précis (terrain de l’école) pour y investir: bâtiment, travaux, équipement, mobilier: du travail rémunéré, que nous redépensons dans nos commerces locaux. Une fois l’école finie: la somme des richesse a augmenté: il y a une école en plus, la masse monétaire a augmenté: nous avons produit et échangé des biens et services.

Rien ne se créée, rien ne se perd: tout se transforme. Chacun a donc consenti une part de son pouvoir monétaire, concentré en un point, pour construire un édifice qui bénéficierait à tous = en se privant tous un peu de façon très discrète, on peut libérer une somme d’argent qui peut être investie en un point précis = l’inflation est une forme d’impôt pour celui qui a le pouvoir de création monétaire.

Aujourd’hui, rien ne se créée, rien ne se perd: tout se transforme: question pour une poignée de carambar, retracez le parcours des milliards d’euros de dette créés par nos pays, et donnez moi leur position finale.

Donc le pouvoir de création monétaire permet de concentrer l’énergie du collectif en conscience pour servir le bien commun. C’est un outil fantastique s’il est manipulé par la communauté pour la communauté.

La machine économique n'est qu'un circuit de flux

A lire sur le site savoir-sans- frontières de Jean-Pierre Petit, l’économicon dont ce screenshot est tiré.

Le bien et le mal

Tout outil peut être utilisé pour faire le bien ou pour faire le mal. Prenez un marteau, tapez dans le clou et c’est génial, tapez ailleurs et c’est le drame. Prenez l’argent. Dites vous qu’il représente la richesse matérielle réelle. Prenez conscience que nous avons délégué ce pouvoir de créer de l’argent à quelques uns. Demandez vous ce que vous feriez si vous aviez reçu ce pouvoir. Bien.

L’histoire est faite pour apprendre. Nous avons collectivement commis des erreurs, apprenons de ces erreurs pour pouvoir grandir et nous développer. La tentation resurgit toujours dès que l’on a entre les mains un tel pouvoir. Que faire contre la tentation? diviser le pouvoir, le répartir, en responsabilité collective. Que chacun s’implique dans la réflexion, sa réflexion, sa vision, et la vision collective.

Devenir maîtres de notre destin collectif.

Assumons.

Osons.

Co-créons!