La relation entre la masse monétaire et les richesses

En écoutant le Mp3 sur le revenu de vie présenté par Thierry Crouzet et rassemblant Phyrezo, Stéphane Laborde, Olivier Auber, Florence Meichel et Philipe Scoffoni, je ne peux m’empêcher de faire un billet spécial sur ce que je perçois. On attaque ici le coeur du problème, et toute personne qui voudra se lancer dans la création d’une monnaie devra avoir conscience de ce rapport fondamental qu’il y a entre la masse monétaire et les richesses, et donc du pouvoir de la création de monnaie.

Gardez la comparaison en tête du rêve et de la réalité. La réalité ce sont les richesses: la terre et ses ressources, le rêve c’est la masse monétaire: les billets, les chiffres de vos comptes en banque. Il faut garder un lien entre la richesse et la mesure de cette richesse. Il faut qu’il y ait une confiance que le rêve représente bien la réalité. Quand nous parlons de crises financières et de bulles, c’est qu’on a perdu le sens de la réalité, que nous sommes repartis dans le rêve, on bulle. Et puis un jour la réalité resurgit. La bulle est de la taille de notre rêve: la différence entre ce qu’est la réalité et ce que nous avons voulu voir. En général tout le monde se plaît bien dans le rêve, mais le retour à la réalité est souvent beaucoup moins drôle. Donc il est important de garder une corrélation entre le rêve et la réalité, avoir confiance.

La monnaie, outil de mesure

La monnaie est un outil de mesure, comme le mètre, comme le kilo, comme la brouette. Elle permet à 2 individus qui ont des richesses diverses d’étalonner et de mesurer des tomates et des carottes. On estime la valeur des tomates avec l’outil de mesure. D’un autre côté on estime la valeur des carottes avec l’outil de mesure. L’outil de mesure permet de faire la passerelle entre les deux. On convertit. C’est un étalon.

Dans le troc: j’échange 1 kilo de tomate contre 1 kilo de carotte. Avec la naissance de la monnaie, j’ai confiance dans l’étalon de mesure et dans le fait que je pourrai l’utiliser plus tard pour l’échanger contre autre chose, c’est une sorte de « bon pour ». Donc un client arrive au premier magasin et échange 1 euro contre 1 kilo de tomate. Le soir, le marchand de tomate utilise l’euro reçu pour aller acheter 1 kilo de carotte. On nous répétait en physique et en math de bien mettre les unités car on ne mélangeait pas les tomates et les carottes, il se trouve que c’est justement ce que permet la monnaie: mélanger tout, mesurer tout sur un étalon commun, une unité universelle. Pour les unités de mesure de masse ou de taille on a déjà du mal à se mettre tous d’accord, pour l’énergie on doit bien avoir 10 unités différentes (joules, calories, newton, degrés, etc..) alors comment vous voulez que pour la valeur, chose absolument subjective, on arrive à trouver un accord universel? Il s’agit ici d’accepter que nous ayons des outils de mesures différents. Par contre lorsque nous voulons échanger, nous nous accordons à l’unisson pour trouver un système qui convienne aux deux parties. Comme si vous mettez en relation un grec et un russe, ils utiliseront sûrement l’anglais pour échanger, euh.. dialoguer pardon. Un outil de mesure que l’on puisse convertir selon les pays, les normes, les usages et les endroits. Universellement convertible.

La monnaie, outil de mesure

La monnaie, réserve de valeur

Quand nous commençons à utiliser la monnaie comme outil de mesure, et que nous pouvons l’échanger contre des biens réels, alors la monnaie devient une réserve de valeur temporelle. Entre le moment où je vends les carottes et je reçois le billet, ce billet a une équivalence de valeur des carottes ou des tomates ou autre chose. Ce n’est pas les carottes, mais ça équivaut aux carottes. Ça vaut les carottes, mais ça n ‘est pas les carottes. Cette monnaie ne marche que dans un système où tout le monde l’accepte et la reconnait comme valeur. C’est donc un accord collectif de reconnaître et de donner à la monnaie une valeur équivalente aux biens. Si un soir tous les magasins sont fermés et que vous mourrez de faim, vous serez bien emmerdés d’avoir 10€ mais aucun marchand de carottes à portée de main. Comme une énergie potentielle attend pour être transformée: le rocher en haut de la montagne n’attend qu’une pichenette pour être transformé en énergie cinétique, le billet sans marchand de carotte est une énergie latente, qui attend la pichenette pour être transformée dans le mouvement de l’échange.

Dans le troc l’échange est simultané, pas de piège de temporalité. Dans le crédit mutuel ou le SEL, il y a un décalage entre le moment où j’échange et je reçois quelque chose, la confiance repose dans l’autre. Dans la monnaie, la valeur repose dans l’accord collectif de ce système comme béquille. La monnaie est donc l’outil le plus performant, mais aussi le plus complexe.

Quelque soit le choix pour symboliser l’échange, de la complexité pour la décaler dans le temps apparaissent obligatoirement la confiance et le risque.

« je t’achète tes carottes pour un euro »

Comment avoir confiance?

La création monétaire permet d’anticiper sur la création de richesse et de rassembler les énergies pour les redistribuer du collectif vers le collectif.

Investir, c’est mobiliser les forces pour construire quelque chose qui augmentera la richesse demain.

C’est un pari sur l’avenir. Quand l’Etat créait de la monnaie pour soutenir un projet d’autoroute, ou une bibliothèque, il augmentait la masse monétaire, pour créer une somme qu’il investissait. Cette somme était utilisée pour acheter le terrain, payer les travaux, la construction, les salaires des hommes qui construisaient ces nouveaux murs, le mobilier qui occupait le bâtiment, les installations électriques et techniques pour qu’il fusse opérationnel. A l’ouverture de la bibliothèque, la richesse globale était augmentée pour tous. Un service en plus.

L’investissement a permis à l’économie du bâtiment, de l’installation de faire fonctionner leur savoir faire et de rémunérer des salariés, de payer pour des ressources. Les salariés dépenseront leurs salaires dans l’économie ce qui augmentera les activités collectives autour des salariés ou des entreprises choisies.

C’est donc un double effet: 1) collectif, un nouveau bien commun, pour tous, en service. 2) un boost pour stimuler et faire fonctionner l’économie

Super alors, quel est le risque?

Comme d’habitude, tout est rapport entre besoin et demande. Si la bibliothèque n’est pas utilisée, alors cette richesse collective n’est pas avérée. Si je créée 10 bibliothèques alors que les besoins n’existent pas, la richesse perd sa valeur.

Concentrer l’énergie en un point qui bénéficie à tous

Quand on créée de la monnaie, on utilise le pouvoir pour concentrer l’énergie à une zone précise. Les alentours irrigués de cette zone en bénéficieront, les parties qui en sont séparées non. Créer de l’argent augmente la masse monétaire donc baisse le pouvoir monétaire de chaque individu. Créer de l’argent, c’est diluer la valeur du billet.

Il est donc capital, j’adore utiliser ce mot, que les choix d’investissements collectifs se fassent au niveau le plus local possible, en fonction des besoins locaux. Exemple: avec une communauté d’un village, nous décidons collectivement de rassembler nos énergies (ou diluer notre argent, ça revient au même) pour construire une école pour nos enfants. Nous villageois diminuons notre pouvoir d’achat (augmentation de la masse monétaire) pour concentrer notre énergie à un point précis (terrain de l’école) pour y investir: bâtiment, travaux, équipement, mobilier: du travail rémunéré, que nous redépensons dans nos commerces locaux. Une fois l’école finie: la somme des richesse a augmenté: il y a une école en plus, la masse monétaire a augmenté: nous avons produit et échangé des biens et services.

Rien ne se créée, rien ne se perd: tout se transforme. Chacun a donc consenti une part de son pouvoir monétaire, concentré en un point, pour construire un édifice qui bénéficierait à tous = en se privant tous un peu de façon très discrète, on peut libérer une somme d’argent qui peut être investie en un point précis = l’inflation est une forme d’impôt pour celui qui a le pouvoir de création monétaire.

Aujourd’hui, rien ne se créée, rien ne se perd: tout se transforme: question pour une poignée de carambar, retracez le parcours des milliards d’euros de dette créés par nos pays, et donnez moi leur position finale.

Donc le pouvoir de création monétaire permet de concentrer l’énergie du collectif en conscience pour servir le bien commun. C’est un outil fantastique s’il est manipulé par la communauté pour la communauté.

La machine économique n'est qu'un circuit de flux

A lire sur le site savoir-sans- frontières de Jean-Pierre Petit, l’économicon dont ce screenshot est tiré.

Le bien et le mal

Tout outil peut être utilisé pour faire le bien ou pour faire le mal. Prenez un marteau, tapez dans le clou et c’est génial, tapez ailleurs et c’est le drame. Prenez l’argent. Dites vous qu’il représente la richesse matérielle réelle. Prenez conscience que nous avons délégué ce pouvoir de créer de l’argent à quelques uns. Demandez vous ce que vous feriez si vous aviez reçu ce pouvoir. Bien.

L’histoire est faite pour apprendre. Nous avons collectivement commis des erreurs, apprenons de ces erreurs pour pouvoir grandir et nous développer. La tentation resurgit toujours dès que l’on a entre les mains un tel pouvoir. Que faire contre la tentation? diviser le pouvoir, le répartir, en responsabilité collective. Que chacun s’implique dans la réflexion, sa réflexion, sa vision, et la vision collective.

Devenir maîtres de notre destin collectif.

Assumons.

Osons.

Co-créons!

3 réponses sur “La relation entre la masse monétaire et les richesses”

  1. Tu dois approfondir ta réflexion sur deux sujets :

    1) Si la monnaie est centralement créée pour construire 10 bibliothèques non utilisées (tout le monde s’en fout), cette monnaie dévalorise en contrepartie tout le travail utile fait par ailleurs (ex : 1000 dans l’économie qui marche, et 1000 pour faire un truc inutile, 100% d’inflation au bénéfice de ceux qui ont créé de l’inutile qui peuvent acheter des trucs utiles alors qu’ils n’ont rien produit d’utile en échange).

    Le risque n’est pas assumé, la faillite ne réparera pas les dégâts, mais servira uniquement à mettre « au ban » les mauvais « créateurs de monnaie »…

    2) Concernant l’instrument de mesure il est relatif. Utiliser un instrument de mesure change cet instrument au moment même de la mesure. C’est le problème quantique. Parce que, ayant 1000 de monnaie thésaurisée je décide d’investir 1000 sur un actif quelconque, alors je crée une « bulle » locale rapide ou lente dans le temps des prix pour cet actif (selon la vitesse où j’investis ou achète).

    Donc cet instrument de mesure n’est valable qu’à un instant « t1 », et peut « sauter » plus ou moins rapidement à un instant « t2 ». C’est pourquoi on ne peut parler de stabilité relative que pour un moment court de t à t+dt.

    C’est pourquoi je t’invite à y approfondir ta réflexion pour comprendre la nature relative spatio – temporelle de la monnaie, notamment sous l’angle de l’égalité entre les individus devant la création monétaire, et donc de ses caractéristiques de SYMETRIE (qui dépassent la notion d’égalité pour aller vers l’égalité selon le Cycle de Vie envisagé) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dividende_Universel

  2. @Galuel

    Merci pour ton commentaire.

    1) Oui, je suis d’accord avec toi sur le fait que 10 écoles peuvent effectivement être inutiles. Pour juger de ce qui est utile ou non, il est nécessaire que les citoyens reprennent conscience de la répartition des investissements pour ce qui compte à leurs yeux.

    2) Pour ce qui est de l’instrument de mesure, j’ai du mal à suivre. Je vois bien comment le fait d’utiliser quelque chose puisse le changer de sa valeur originale, en Argentine, il est plus difficile de trouver des pièces de 1 pesos que des billets de 2 pesos. L’utilité et la necessité permanente d’avoir des pièces de 1 fait que la pièce de 1 vaut d’une certaine façon plus que le billet de 2 par sa rareté.
    Quand je dis outil de mesure, je parle de quelque chose d’universel, si cela peut l’être, comme le mètre ou le kilo permettent de mesurer une distance ou une masse dans un référentiel donné.
    Il semble que si cela n’est pas possible de façon universelle, c’est que le référentiel change à chaque fois que l’on change de communauté: les pigmets n’ont que faire d’ordinateurs, de billets de banque ou de frigidaires alors que les africains ne sont pas intéressés par des ipods. Une heure de travail pour un avocat ne vaut pas la même chose qu’une heure de travail pour un ouvrier. La mesure est donc différente selon els représentations de la valeur pour chacun. Même la mesure par rapport à l’énergie fournie ou demandée (ressources de la terre + temps de cerveau investi + énergie humaine musculaire) n’est pas équivalente car le résultat obtenu pour l’un est inutile alors qu’il est hautement valorisé pour l’autre.

    Redéfinir la création monétaire, c’est définir un contrat social liant les êtres collectivement dans un but commun. A eux de définir leurs valeurs, leur outil de mesure lié à cette valeur, et avec qui ils souhaitent partager ce contrat social.

    Je vois ce que tu veux dire pour la symétrie et l’égalité face à la création monétaire, mais si celle-ci est décidée et contrôlée collectivement pour ce qui sert l’ensemble des citoyens, alors il n’y a plus d’inégalité si la prise de décision se fait de façon égale?

    Je ne crois pas que ce soit l’instrument de mesure qui change d’instant à instant mais plutôt l’aspect de l’équivalence de valeur. La mesure d’un kilo d’une balance ne change pas selon si tu pèses 10 ou 1000 kilo. Un bon pour un repas est un bon pour un repas. un jus d’orange de 25cl sera toujours un jus d’orange de 25cl.

    Maintenant le prix à payer pour un jus d’orange il y a 10 ans a changé par rapport au prix à payer aujourd’hui.

    Là est la question entre la variation de la richesse et de l’instrument de mesure de la richesse..
    à éclairer…

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