Et si plutôt que de dire monnaie, on disait Flux ou courant?

Et si plutôt que de dire monnaie (de monnaie libre) on disait flux ou courant. Et si plutôt que d’accumuler, on faisait circuler?

Il y a eu les monnaies, il y a les monnaies complémentaires, mais il y a aussi, dans un tout autre registre, la vision du Flux collectif de solidarité. Voyons en détail ce que cela peut vouloir dire.

Dans les métaphores que j’aime utiliser pour ce qui complète l’argent rare tel que nous le connaissons, il y a celle du foot: la monnaie est comme le ballon, pour gagner il faut trouver une stratégie qui encourage les échanges et permette de faire circuler la balle. Dans l’équipe de foot comme dans une communauté, nous nous regroupons sur un socle commun de valeurs et une envie collective de créer et de faire des échanges ensemble. Au foot le but est de mettre plus de buts que l’adversaire, dans le courant, il n’est d’autre adversaire que nous-même, nos peurs et nos envies individualistes, le but devient alors simplement de créer et de s’enrichir collectivement.

Dans le courant, le but est de s’enrichir collectivement: d’alimenter le flux et qu’il nous alimente. Alors que dans le monde des monnaies rares, s’enrichir voulait souvent dire prendre à quelqu’un d’autre car nous étions en compétition, inégaux face à l’accès à la monnaie, la donne change lorsqu’on parle du courant.

J’alimente le courant, et le courant me nourrit, ma coopération avec le collectif profite à tous

Dans une communauté de valeur et de coopération, comme au foot, nous allons tous dans une direction commune. Nous faisons tous partie de la même équipe et personne n’a intérêt à ce que l’un des joueurs ne touche jamais la balle, car ce serait empêcher à son talent de s’exprimer, le but est de s’entraîner et de progresser collectivement sans oublier personne pour tirer l’équipe vers le haut. Nous voulons donner la possibilité à chaque joueur de se faire entendre pour permettre à l’équipe de jouir de sa diversité.

Au foot comme dans le courant, faire circuler la balle permet d’utiliser au mieux la richesse et la diversité d’une équipe

Dans ce cas là, s’enrichir veut dire permettre à chacun d’offrir aux autres ce qu’il sait le mieux faire, et de recevoir ce dont il a besoin. La vraie richesse c’est quand le livre et le lecteur sont réunis, quand la plante et l’arrosoir sont en phase, quand la fleur et l’oeil du randonneur se rencontrent. La richesse n’existe que quand elle est observée par l’autre, c’est le miroir qui permet de reconnaître la richesse, elle n’existe que si elle est partagée. Seul, je peux avoir tout l’or du monde, il ne me sera d’aucune utilité. La vie pour l’homme n’est garantie que si elle se partage à deux. Ainsi richesse et amour sont vains s’ils ne trouvent pas l’autre partie de la paire.

La richesse naît de l’échange, elle n’existe que si elle est partagée

Dans notre communauté comme une équipe d’alpinistes en cordée, il n’est pas question d’isoler celui qui reste derrière et de couper la corde, de même que celui qui part seul devant divise le groupe. Nous sommes liés et nous irons ensemble ou nous n’irons pas. On vit ensemble, on meurt ensemble. On se fait confiance. C’est ici que réapparaît le lien de l’Intelligence Collective qui fait que cette communauté  n’est pas une somme d’individualité, mais bien un tout, différent et supérieur à cette somme d’individualité. C’est cette solidarité qui fait la force du lien. Si tu es en positif, on t’aidera à dépenser pour te remettre en mouvement et revenir au cœur du groupe, si tu es en négatif, on t’aidera à offrir tes services pour revenir dans le positif, mais dans tous les cas, cela n’a que bien peu d’importance à nos yeux. Ce qui importe, c’est que tu fasses partie du groupe, et que tu sois en mouvement, toujours ouvert à recevoir, à offrir et à réaliser des échanges nous permettant de nous enrichir mutuellement. Dans la cordée, peu importe que tu sois devant, derrière, au milieu, l’essentiel est que tu avances avec le groupe.

Nous allons redécouvrir ce que collectif veut dire

Si tu acceptes de rejoindre cette communauté, nous partageons alors cet objectif commun, nous nous y engageons, servir la richesse collective, offrir nos services au groupe, déclarer nos besoins pour permettre la rencontre des offres et des demandes et la réalisation des actions qui nous permettent de créer de la richesse et d’alimenter le Courant.

En haut, j'échange avec une autre personne, en bas, j'échange avec la communauté

La monnaie nous sépare.

Le courant nous alimente.

La monnaie nous individualise.

Le courant nous englobe et nous lie.

La monnaie  nous oppose.

Le courant nous rassemble.

Dans la monnaie classique, la richesse se trouve en bout de ligne: chez les utilisateurs. Dans le courant, elle est dans le lien entre les joueurs. Voici une forme d’intelligence collective appliquée au flux financier, cela ne signifie pas que la gestion financière est centralisée, ça veut dire que les joueurs déplace leur confiance en leurs capacités individuelles vers la confiance dans le groupe. Inutile de rappeler que le groupe a des propriétés que la somme des individualités n’aura jamais, il s’agit donc de transformer nos peurs de manque et notre conscience de rareté en conscience d’abondance et de réinstaller la confiance dans l’autre et dans le groupe.

Dans le courant, peu importe la position (créditaire ou déficitaire) de chaque membre, l’essentiel est d’être actif dans les échanges.

Dans une partie de foot, il importe peu d’avoir le ballon, l’essentiel est de faire des échanges pour se rapprocher du but.

Considérer le lien qui unit les hommes comme un courant, c’est choisir de les réunir et de les lier collectivement vers une cause commune plutôt que de les opposer. C’est leur donner le pouvoir de se lier, d’émuler et de créer le lien qui les rassemble, plutôt que de les isoler et de les séparer de cette possibilité de faire corps.

Quelques règles sont préalables pour se mettre d’accord sur le cadre. Chaque cadre et règles seront à affiner selon les communautés, leurs contextes et leurs envies.

1) L’amplitude

2) Les limites supérieures et inférieures

3) la thésaurisation

Tout cela vise simplement à définir à quel rythme nous allons respirer, ensemble, collectivement, alternant inspiration et respiration. Retour à la vie, reprenons notre souffle.

2 réflexions sur “Et si plutôt que de dire monnaie, on disait Flux ou courant?

  • 9 février 2010 à 22 h 57 min
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    Merci pour cet article sur le flux. Pourrais tu développer les 3 règles que tu énonces à la fin:
    1) L’amplitude

    2) Les limites supérieures et inférieures

    3) la thésaurisation
    Merci

    Répondre
    • 10 février 2010 à 22 h 51 min
      Permalien

      S’il peut être facile de comprendre le concept de courant comme lien entre les hommes, les 3 règles restant à définir vont remettre toute l’idéologie et la question de solidarité à plat:

      Définir les règles d’une monnaie, c’est définir le type d’échange que nous allons avoir ensemble, nos limites de confiance, l’apport personnel régulier nécessaire pour fluidifier le courant et donc la notion de rythme.
      Comme nous l’avons dit, peu importe que nous ayons -300 ou +500, c’est juste une information à un instant t de notre état par rapport au flux. Ce qui va vraiment compter et avoir de l’importance, c’est à quelle vitesse, ou fréquence nous interagissons avec le courant collectif.

      Si nous mettons en place ce lien, c’est donc dans la durée que nous allons tester notre solidarité et notre confiance collective, et non au premier échange. L’autre soir, lors d’une conférence sur l’argent et les monnaies complémentaires, j’entendais que peu importe si une monnaie ne devait pas durer, elle apporte un changement dans les mentalités et dans la façon de faire des échanges, ne jamais oublier que la monnaie n’est qu’un outil au service d’un objectif. Les règles seront donc bien différentes selon l’objectif de chacun des groupes qui va s’en doter.

      1) Amplitude
      2) Les limites supérieures et inférieures
      3) la thésaurisation

      L’amplitude revient en réalité à déterminer les limites supérieures et inférieures. En continuant sur la métaphore de la cordée, cela revient à dire combien de mètres devant le groupe et combien de mètres derrière le groupe je peux rester, mais l’info vraiment importante n’est pas ma position à un instant t, mais mon évolution tout au long du voyage.
      Croissance ou réduction des inégalités? Le groupe est-il homogène et avance de façon hétérogène mais limitée par un accord commun, ou n’y a-t-il pas de limites min et max et les premiers s’éloignent-ils des derniers?
      Thésaurisation: thésauriser= accumuler. Quel est l’intérêt d’accumuler quelque chose chez soi quand on décide de mettre la plus grande partie de nos richesses à disposition de la communauté? Certains auront probablement tendance à faire entrer plus de richesses qu’ils n’en dépensent? Ou pour lancer un projet d’ampleur, il faut bien investir et donc accumuler une certaine somme?

      Toutes ces questions se rejoignent.. Tout va dépendre de la communauté, de la monnaie elle même, et de ses complémentaires. Si cette monnaie vise à remplacer à elle seule l’euro, alors un moyen de décision pour l’investissement collectif doit être possible, car pour l’instant seules les offres et demandes personnelles de chacun sont respectées et envisagées et non pas de projets comme la construction d’une bibliothèque. D’où la nécessité de projets de société qui aillent avec derrière: impôt, décision collective, investissement, prise de risque, solidarité, où sont les limites?

      Je vais essayer de faire différents scénarios de règles possibles, selon les types de solidarité que l’on peut trouver. Dans la plupart des cas, je crois que les règles doivent être transparentes, écrites par la communauté, et mise à jour régulièrement.

      Dans un petit groupe, ala SEL, une fois la confiance établie, on réalise que généralement les règles disparaissent pour laisser la place entière aux échanges.
      J’imagine que les limites doivent être souples et fluides, s’adapter au fur et à mesure des besoins de la communauté et surtout: être décidées par cette communauté. Un peu comme on pourrait croire que les taux d’intérêts des Banques Centrales s’adaptent au contexte de croissance ou récession, la masse monétaire, donc les limites de chaque individu doivent s’adapter dans un sens avec toujours la vigilence de ne pas décorréler: masse monétaire et richesses réelles.

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